07/22/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/22/2026 09:33
On trouvera, ci-après, le texte de l'allocution du Secrétaire général de l'ONU, M. António Guterres, prononcée lors du débat public du Conseil de sécurité sur la « gouvernance des ressources naturelles, fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité », à New York, aujourd'hui:
Je remercie la République démocratique du Congo pour le leadership dont elle fait preuve sur cette importante question qui nous réunit aujourd'hui.
Partout dans le monde, le contrôle et l'exploitation des ressources naturelles redessinent profondément les conflits - leurs causes, leur déroulement, et leur issue.
Les minéraux critiques, tels que le lithium, le cobalt, le nickel et les terres rares, revêtent une importance stratégique croissante.
L'essor de la demande mondiale ouvre des perspectives essentielles pour le développement des pays producteurs.
Mais il intensifie aussi les rivalités géopolitiques, met sous tension des chaînes d'approvisionnement très concentrées et attise les conflits, avec de lourdes conséquences humanitaires.
Trop souvent, les revenus issus de l'exploitation illicite des ressources naturelles éloignent toute perspective de paix.
Ils renforcent les groupes armés et les réseaux criminels. Ils relient les violences locales à des réseaux régionaux et internationaux. Et ils sapent les perspectives de compromis politique.
Nous le voyons dans l'est de la République démocratique du Congo, où les groupes armés profitent de l'exploitation minière illégale et de la contrebande de minerais, tandis que les populations civiles continuent de payer le prix du conflit, comme l'ont montré les rapports successifs du Groupe d'experts mandaté par ce Conseil.
Nous le constatons également au Soudan, où la lutte acharnée pour le pouvoir et le contrôle du territoire est alimentée par l'exploitation des ressources naturelles, en particulier de l'or et de la gomme arabique, entraînant des atrocités et le déplacement de millions de personnes.
Partout, le fardeau le plus lourd pèse sur les plus vulnérables: les femmes et les enfants, ainsi que les communautés chassées des terres qui recèlent ces richesses.
C'est pourquoi le débat public d'aujourd'hui est particulièrement opportun.
Madame la Présidente,
Le Conseil de sécurité reconnaît depuis longtemps que le commerce et l'exploitation illicites des ressources naturelles jouent un rôle majeur dans le financement des groupes armés, l'alimentation des conflits et l'aggravation des crises humanitaires.
Et vous avez pris des mesures pour tarir ces flux.
En confiant pour mandat aux opérations de paix concernées des Nations Unies d'aider les autorités nationales à lutter contre l'exploitation illicite menée par les groupes armés;
En appelant à une plus grande responsabilité des acteurs régionaux et internationaux;
Et en adoptant des régimes de sanctions - notamment concernant la République démocratique du Congo, la Libye, et Al-Shabaab - pour endiguer le commerce illicite des ressources naturelles et d'empêcher que les revenus qui en sont tirés n'alimentent la violence.
Je salue le travail des panels et groupe d'experts qui vous appuient dans ces efforts
En documentant les violations. En retraçant les chaînes d'approvisionnement. Et en identifiant les réseaux commerciaux et financiers dont les acteurs armés se servent pour générer des revenus.
Ces connaissances doivent guider notre recherche de solutions.
Excellences,
J'entrevois pour l'avenir quatre priorités parmi les plus urgentes:
Premièrement - la justice.
Nous devons veiller à ce que l'exploitation des ressources minières soit source de bénéfices équitables et durables pour les pays et les populations riches en ressources naturelles.
Il est temps de briser ce schéma ancestral où les ressources sont extraites, où la valeur est captée ailleurs, et où les communautés appauvries sont laissées seules face aux conséquences environnementales et socioéconomiques.
Et il est temps de remédier au fossé entre la souveraineté reconnue d'un État sur ses ressources naturelles et l'exercice concret de ses droits souverains.
C'est en Afrique que ce déficit de souveraineté est le plus marqué: la rémanence du colonialisme, conjuguée aux problèmes de gouvernance, place les États dans une situation très défavorable lorsqu'ils cherchent à capter ou à réinvestir les richesses que contiennent leurs ressources naturelles.
Le Groupe chargé de la question des minéraux critiques pour la transition énergétique offre des pistes pour renverser cette dynamique:
L'investissement responsable. Des chaînes de valeur équitables. La transformation et la fabrication sur place. La transparence. Des normes environnementales et des normes relatives aux droits humains. Et des retombées concrètes pour les populations concernées.
Ce sont les pays et les populations qui doivent être les premiers et les principaux bénéficiaires des ressources qui se trouvent chez eux.
C'est pourquoi l'ONU aide les autorités nationales à renforcer la gouvernance et les institutions, à améliorer les cadres réglementaires et à faire en sorte que les ressources minérales contribuent au développement et à la consolidation de la paix.
Nous soutenons les initiatives visant à renforcer les capacités nationales en matière de négociation d'accords miniers équitables, le développement des activités de transformation et de raffinage au niveau national, la gestion des recettes publiques et l'atténuation des effets néfastes sur la société et l'environnement.
Le Programme des Nations Unies pour l'environnement et la Commission économique pour l'Afrique y travaillent au Mozambique, en Ouganda, en République démocratique du Congo et en Zambie, grâce à un financement du Fonds commun pour les objectifs de développement durable.
Deuxièmement - la prévention.
Nous devons endiguer les flux illicites et renforcer la transparence tout au long des chaînes d'approvisionnement minières.
Les ressources naturelles sont souvent extraites dans un pays, puis transitent par un autre pays pour être transformées ailleurs avant d'être finalement vendues sur les marchés mondiaux.
Pour être efficaces, les mesures doivent cibler l'ensemble de la chaîne de valeur, et pas seulement le lieu d'extraction.
La coopération entre les pays de production, de transit et de consommation est essentielle si l'on veut une réglementation plus rigoureuse et mieux appliquée.
Les organisations internationales et régionales, les institutions financières et le secteur privé ont tous un rôle important à jouer - comme en témoigne l'annonce faite la semaine dernière par l'Union européenne d'interdire l'achat, l'importation et le transfert d'or originaire du Soudan, et d'interdire aussi les exportations vers ce pays de mercure et de cyanure, des produits utilisés pour l'extraction de l'or.
Ensemble, ces acteurs peuvent contribuer à empêcher que des ressources de provenance illicite ne pénètrent sur les marchés légitimes, par la mise en place de cadres juridiques ayant force exécutoire et le renforcement de la traçabilité, du devoir de diligence et de l'échange d'informations.
Parallèlement, nous devons renforcer la coopération régionale afin de réduire les écarts entre systèmes nationaux, une faille qu'exploitent les groupes armés et les réseaux criminels.
Troisièmement - le règlement pacifique des différends.
Nous devons utiliser davantage les outils prévus au Chapitre VI de la Charte - dont je parlerai plus en détail ici demain -, notamment lorsque des différends liés aux ressources naturelles compromettent les perspectives de paix.
L'accès, la propriété, le contrôle territorial, le partage des recettes et les retombées locales sont souvent des questions d'ordre politique, et pas simplement technique.
Quand elles ont une incidence significative sur les intérêts des parties ou sur la viabilité d'un accord, elles devraient éclairer l'analyse politique et la recherche de moyens pacifiques de règlement des différends, notamment les bons offices et la médiation.
Il est ainsi possible de trouver des solutions fonctionnelles, de tenter de remédier aux facteurs qui entretiennent le conflit et de circonscrire des domaines de coopération en vue d'un règlement politique plus large.
Et quatrièmement - le climat.
Nous devons veiller à ce que les mesures préventives et les initiatives politiques tiennent compte de l'analyse climatique.
Les sécheresses, les inondations, la dégradation de l'environnement et la destruction des écosystèmes restreignent souvent l'accès à la terre, à l'eau et aux ressources minérales.
Or, cela peut avoir pour répercussions de priver les populations de leurs moyens de subsistance, de mettre les institutions à rude épreuve, d'exacerber les tensions, voire de déclencher des violences.
C'est pourquoi nous aidons nos partenaires nationaux et régionaux à repérer les situations où les pressions environnementales, les déplacements et la lutte pour les ressources naturelles risquent de nourrir les griefs existants - et celles où une intervention en amont pourrait contribuer à prévenir une escalade.
Le Bureau régional des Nations Unies pour l'Afrique centrale, par exemple, intègre des analyses relatives au climat, à la paix et à la sécurité dans ses systèmes d'alerte rapide et de planification au Cameroun, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo et au Tchad.
Et à Abyei, le Programme des Nations Unies pour l'environnement, le Bureau de l'Envoyé spécial pour la Corne de l'Afrique et la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei soutiennent les initiatives locales de consolidation de la paix, dans un contexte où la dégradation de l'environnement et les pressions liées au climat viennent aviver des tensions politiques déjà anciennes.
La mobilisation autour de la gestion des ressources naturelles partagées a permis d'ouvrir des perspectives concrètes de dialogue, de coopération et de renforcement de la confiance.
Madame la Présidente,
Tout l'enjeu est de transformer la manière dont les ressources naturelles sont extraites, transformées, commercialisées et utilisées, afin que les pays producteurs et les populations concernées conservent une part bien plus importante de la valeur ajoutée.
Finie l'exploitation. Fini le pillage.
Et nous devons priver les groupes armés et les réseaux criminels des revenus qui attisent des conflits qui n'ont que trop duré.
Si nous n'agissons pas, l'exploitation illicite des ressources naturelles continuera d'alimenter les inégalités, l'instabilité et la violence.
Ces ressources doivent au contraire être gérées de manière à financer un développement inclusif et durable, à renforcer les institutions et à promouvoir la paix et la prospérité pour tous.
En définitive, il s'agit d'un choix politique.
Et je vous demande instamment, vous, membres de ce Conseil, de choisir la paix.
Je vous remercie.