RSF - Reporters sans frontières

09/16/2026 | Press release | Archived content

Élections présidentielles au Brésil : les mesures prises contre la désinformation électorale en ligne sont largement insuffisantes

À l'approche du premier tour de l'élection présidentielle brésilienne le 4 octobre 2026 la désinformation en ligne, notamment générée par intelligence artificielle (IA), reste importante en dépit des mesures prises par le Tribunal supérieur électoral (TSE). Reporters sans frontières (RSF) déplore le manque de portée de ces dernières et souligne la nécessité d'adopter une régulation adaptée des plateformes sociales et de l'IA générative qui prenne en compte le respect du droit à l'information.

Une information qui ferait l'effet d'une bombe sur les institutions démocratiques brésiliennes. Le 4 septembre 2026, les fact-checkers du projet Comprova sonnaient l'alarme : une vidéo générée par IA met dans la bouche de la présentatrice du Jornal Nacional sur TV Globo Renata Vasconcellos l'annonce d'une demande de mise en détention provisoire visant Alexandre de Moraes, juge à la Cour suprême et figure centrale de la vie judiciaire brésilienne, dans le cadre d'une enquête sur le réseau d'influence du banquier Daniel Vorcaro. Si le nom du juge est en effet ressorti dans cette enquête, il n'est pour l'instant pas mis en détention. La vidéo a atteint plus de 420 000 vues avant d'être retirée de TikTok.

L'agence de fact-checking Lupa a également pu constater de nombreux deepfakes de journalistes de télévision promouvant de faux résultats de sondage donnant l'un ou l'autre des deux favoris vainqueurs. Autre exemple, repéré par RSF, une vidéo vraisemblablement générée par IA, selon les analyses menées par l'organisation, circule sur TikTok depuis le 9 juillet 2026 où elle cumule plus de 500 000 vues. Elle fait dire au journaliste brésilien César Tralli, présentateur du Jornal Nacional aux côtés de Renata Vasconcellos, que le candidat Flavio Bolsonaro "est le nouveau président du Brésil". Dans la partie supérieure de l'image, une infographie attribue un score de 61 % au fils de l'ex-président Jair Bolsonaro et annoncer que "la fin du mandat Lula est arrivé". La vidéo incite ensuite le public à liker et partager le contenu qui n'est pourtant pas affiché comme ayant été généré par IA.

Contrer la désinformation par IA, une gageure

Au Brésil, les fausses informations générées par IA prospèrent alors que le premier tour de l'élection présidentielle se tiendra le 4 octobre prochain. Le TSE, puissante institution responsable de la légalité des élections, tente de limiter les dégâts causés par ces pratiques en prenant des séries de mesures en apparence drastiques, telles que le signalement obligatoire des contenus produits par IA ou l'interdiction des deepfakes de candidats par les équipes ou les partis. Mais elles ne s'appliquent qu'en contexte électoral, seule matière sur laquelle le Tribunal a autorité. De plus, les obligations sont floues : le Tribunal n'a fixé les limites de l'utilisation des deepfakes dans le cadre des campagnes électorales qu'au 1er septembre 2026, un mois avant le vote, alors que le débat public était déjà largement occupé par l'échéance électorale. De plus, il commande le retrait immédiat des contenus "faux" ou "gravement décontextualisés", catégories qui laissent une trop grande part d'interprétation aux plateformes.

Outre les restrictions imposées par le Tribunal, les plateformes peuvent, dans le cadre d'un accord de coopération avec le Tribunal, prévoir des mesures via des "plans de conformité" rendus publics. Par exemple OpenAI a rendu le 16 août son document, dans lequel elle détaille comment elle compte lutter contre la désinformation sur ChatGPT, un document reprenant principalement des mesures déjà existantes comme le marquage des contenus synthétiques ou l'engagement à lutter contre les ingérences étrangères. Elle annonce également un partenariat avec l'agence Associated Press (AP) pour sécuriser les annonces de résultats électoraux (aux États-Unis et au Brésil) uniquement en direct, le soir du scrutin. Cependant, en cas de non-respect de ces plans, aucune sanction spécifique n'est prévue.

"Les mesures du Tribunal supérieur électoral n'arriveront, dans le meilleur des cas, qu'à modérer la désinformation par IA a posteriori. Ces règles ne touchent pas aux logiques d'amplification qui rendent la désinformation politiquement rentable. Ambitieuses sur le papier, les mesures adoptées par le Tribunal sont restées dépourvues des moyens de leur application. La réalité du terrain de l'élection présidentielle en fait la démonstration. Que cet exemple donne surtout au Congrès brésilien le courage politique de doter enfin le pays d'une régulation de l'IA et des réseaux sociaux qui protège le droit à l'information, en valorisant algorithmiquement les sources d'information de confiance. Sans régulation digne de ce nom, c'est à la fois le droit à l'information et la sincérité du scrutin qui sont menacés.

Artur Romeu
Directeur du bureau Amérique latine de RSF

La désinformation générée par IA prospère au Brésil

Dans le contexte de cette élection particulièrement polarisée, il n'est plus rare de trouver des vidéos de citoyens créés de toutes pièces chanter les louanges de l'un ou l'autre des deux candidats en tête des sondages, le président sortant Lula, et Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président, Jair Bolsonaro, défait en 2022. Selon une enquête menée par le groupe de fact-checking Aos Fatos portant sur 50 de ces contenus TikTok ayant cumulé plusieurs millions de vues, ces vidéos sont également porteuses de désinformation électorale. "TikTok a déclaré avoir retiré ce type de contenu, mais en l'absence d'un suivi systématique permettant de vérifier si ce type de contenu a recommencé à circuler, il est impossible de savoir s'ils circulent encore" a déclaré la directrice générale d'Aos Fatos, Tai Nalon, à RSF.

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Publié le 16.09.2026
Updated on 16.09.2026
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