03/26/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/27/2026 08:54
Au cours du mois de mars, trois journalistes indépendantes, Yoani Sanchez, Camila Acosta et Mabel Paez, ont signalé avoir été placées sous surveillance policière ou soumises à une forme d'assignation à résidence de facto, dans un contexte de manifestations liées à l'aggravation de la crise énergétique sur l'île qu'elles couvraient. Des restrictions manifestement arbitraires qui viennent entraver le travail d'intérêt général nécessaire des professionnels de l'information.
Trois journalistes ont signalé un schéma de harcèlement visant à entraver leur travail journalistique dans un contexte de mécontentement social croissant. Le 9 mars, Camila Acosta, correspondante du quotidien espagnol ABCet du portail d'information Cubanet, a donné l'alertesur les réseaux sociaux : des agents de la Sécurité de l'État postés près de l'Université de La Havane l'auraient empêchée de couvrir un sit-in d'étudiants réclamant la reprise des cours universitaires, suspendus en raison de coupures d'électricité prolongées. Elle a signaléune seconde opération devant son domicile le 10 mars, puis à nouveau le 15 mars, affirmantque des agents de sécurité entouraient sa résidence à La Havane.
Quelques jours plus tard, le 15 mars, la directrice du média indépendant 14ymedio, Yoani Sanchez, a indiqué, sur les réseaux sociaux également, qu'un agent de la Sécurité de l'État en civil l'avait empêchée de quitter son immeuble à La Havane, sans présenter d'identification ni d'ordonnance judiciaire. Le même jour, selon des informations confirmées à RSF par l'Institut cubain pour la liberté d'expression et de la presse (ICLEP), la journaliste Mabel Paez, directrice du média local El Majadero de Artemisa, a été informée par les autorités locales à Artemisa, au sud-ouest de La Havane, qu'il lui était interdit de quitter son domicile "jusqu'à nouvel ordre", sous peine de représailles.
"Le recours à la surveillance policière et à des restrictions arbitraires de la liberté de circulation pour empêcher les journalistes de quitter leur domicile constitue une forme de censure préalable visant à bloquer la couverture d'événements d'intérêt public. À un moment où les Cubains font face à une grave crise énergétique et à un mécontentement social croissant, il est essentiel que les journalistes indépendants puissent travailler librement. RSF appelle les autorités cubaines à mettre immédiatement fin à ces pratiques et à garantir que les reporters puissent exercer leur travail sans intimidation ni restrictions arbitraires.
Ces incidents surviennent dans un contexte de mécontentement social croissant provoqué par des coupures d'électricité prolongées et une crise économique et énergétique qui s'aggrave à travers Cuba, suscitant des manifestations répétées dans plusieurs provinces. RSF a déjà documenté comment les autorités cubaines recourent à la surveillance, aux détentions arbitraires et aux assignations à résidence de courte durée, pour empêcher les journalistes de couvrir des moments de tension sociale, en particulier depuis la répression qui a suivi les manifestations du 11 juillet 2021.
Ces dernières années, la pression exercée sur la presse indépendante s'est encore intensifiée, avec des cas comme l'exil forcédu journaliste indépendant José Luis Tan Estradafin 2024 et l'adoptionde la loi sur la communication sociale de 2024, qui renforce le contrôle de l'État sur les médias et l'expression en ligne. Cuba figure parmi les pires pays du monde pour la liberté de la presse dans le Classement mondial de la liberté de la presse de RSF. L'île demeure l'un des environnements les plus restrictifs pour le journalisme en Amérique latine, où les reporters indépendants sont confrontés au harcèlement, à la surveillance et à la menace constante de détention ou d'exil.