02/25/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/25/2026 13:12
La Représentante spéciale du Secrétaire général pour la République centrafricaine a souligné, ce matin, devant le Conseil de sécurité, l'importance historique des élections présidentielle, législatives, régionales et municipales tenues le 28 décembre 2025 sans incidents majeurs. « Un jalon crucial dans la consolidation du processus de paix et des institutions étatiques a été franchi », s'est notamment félicitée Mme Valentine Rugwabiza.
L'action de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), fragilisée par la crise de liquidités que connaît l'ONU, a également été discutée.
Mme Rugwabiza a expliqué que les élections du 28 décembre 2025 ont été la plus vaste opération électorale jamais menée dans le pays. Il s'agissait notamment des premières élections régionales et des premières élections municipales depuis 1988.
Malgré quelques problèmes logistiques isolés et quelques troubles de la sécurité survenus dans la préfecture du Haut-Mbomou, le scrutin s'est déroulé dans le calme, a indiqué Mme Rugwabiza, qui est également Cheffe de la MINUSCA. Les femmes ont représenté 45% des candidates aux élections municipales. Et le processus a été inclusif, grâce notamment à l'appui de la MINUSCA, s'est-elle félicitée, à l'unisson des autres intervenants.
La tenue pacifique de ces élections, marquées par la réélection du Président Faustin Archange Touadera, constitue une étape majeure pour la continuité institutionnelle, s'est félicité à son tour le Président de la Configuration pays République centrafricaine de la Commission de consolidation de la paix, M. Omar Hilale, qui a précisé que le second tour des législatives, prévu le 26 avril 2026, devra parachever le cycle électoral.
Le Pakistan et le Danemark ont également vu dans ces élections un « jalon historique », tandis que la Lettonie a parlé de « moment charnière » dans l'histoire du pays, en se félicitant, à l'instar de la Colombie, de la participation élevée des femmes.
Saluant à son tour une avancée significative en matière d' « inclusivité démocratique », le représentant centrafricain a assuré que son pays est engagé dans « une dynamique irréversible de stabilisation, de décentralisation, de reconstruction de l'État et de transformation structurelle ». La réélection du Président Touadera ouvre un nouveau cycle politique inscrit dans la stabilité et la poursuite des réformes engagées, a-t-il ajouté.
« Il s'agit d'une nouvelle preuve de la normalisation progressive de la situation, grâce à l'aide de la Russie, de l'ONU et d'autres partenaires internationaux », a déclaré la Fédération de Russie. Avec un maintien du soutien extérieur, a-t-elle poursuivi, cette normalisation sera « irréversible ».
La Représentante spéciale a également fait part d'une « évolution positive » s'agissant de l'application de l'Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine de 2019. Deux groupes armés ont été dissous, et des progrès ont été accomplis dans le cadre du processus de paix, notamment grâce au processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR), a-t-elle dit, en soulignant la nécessité d'une réintégration sociale des anciens combattants. M. Hilale a précisé que 6 000 ex-combattants ont été désarmés.
Même son de cloche du côté de la France, qui a estimé que ce processus continue de progresser. « L'accord signé à N'Djamena le 19 novembre 2025 avec le Mouvement patriotique pour la Centrafrique en témoigne, portant à trois le nombre de groupes armés ayant réintégré l'Accord politique en 2025. » La mise en œuvre opérationnelle de ces accords et la réintégration des anciens combattants restent une priorité, a estimé la France, tandis que le Royaume-Uni a demandé que les auteurs de violations soient tenus responsables.
Cependant, des problèmes sécuritaires persistent, notamment dans le sud-est et la préfecture du Haut-Mbomou, s'est inquiétée la Représentante spéciale. En raison des attaques des éléments de l'Azandé Ani Kpi Gbé (AAKG), certains bureaux de vote n'ont pas pu ouvrir leurs portes pour les élections. Dans le nord-est du pays, des milliers de réfugiés fuyant le conflit au Soudan ont augmenté les pressions sur les services publics et accru les tensions.
Les progrès enregistrés sont réels, mais demeurent fragiles et appellent un effort soutenu afin d'éviter toute réversibilité, a renchéri le délégué centrafricain, pour qui la poursuite et la consolidation du programme de DDR est essentielle pour prévenir une résurgence des violences.
Tout en notant le rôle clef joué par la MINUSCA dans les succès enregistrés, les États-Unis ont appelé à réexaminer son mandat, souhaitant notamment qu'elle transfère ses responsabilités au Gouvernement centrafricain quand cela sera possible.
« La réussite de la Mission se mesurera aux conditions qui seront créées et permettront de la fermer », a souligné le représentant américain, notant que le Gouvernement centrafricain doit devenir autonome sur le plan sécuritaire.
Rappelant que la MINUSCA est déployée depuis 12 ans, la Chine a elle aussi invité le Conseil à optimiser le mandat et la taille de la Mission pour accompagner la transition du pays, insistant en outre sur la nécessité de renforcer les systèmes nationaux de gouvernance afin de consolider les institutions, d'étendre l'autorité de l'État et de combler les vides politiques.
« Alors que nous nous projetons vers une planification adéquate des phases de consolidation et de transition ordonnée par la revue du mandat de la MINUSCA, il importe d'aborder cet exercice non comme une simple formalité institutionnelle, mais comme un moment stratégique pour consolider les acquis et définir avec lucidité les prochaines étapes », a estimé pour sa part le délégué centrafricain.
Toutefois, a-t-il mis en garde, l'expérience récente démontre que toute transition précipitée comporte des risques réels pour la stabilité acquise: la suspension temporaire des opérations de DDR durant la période électorale s'est accompagnée d'une augmentation d'environ 18% des incidents sécuritaires dans l'ouest et le centre du pays, illustrant les vulnérabilités persistantes du contexte sécuritaire.
Dans l'immédiat, l'impact de la crise de liquidités sur le fonctionnement de la MINUSCA a préoccupé plusieurs délégations, Mme Rugwabiza ayant indiqué que la Mission s'est vue contrainte d'adopter un plan d'urgence et de mettre en œuvre un contrôle strict des dépenses. « La portée de l'action de la Mission s'en est trouvée réduite », a-t-elle déploré.
Au nom des A3 (Libéria, République démocratique du Congo-RDC, Somalie), la représentante de la RDC, appuyée par le Panama, a prévenu que cette crise des liquidités pourrait compromettre la capacité de la MINUSCA à protéger les civils. « Un financement durable, prévisible et adéquat des opérations de maintien de la paix est indispensable », a-t-elle estimé, soulignant par ailleurs qu'une paix durable exige des institutions nationales fortes, une gouvernance inclusive et un investissement continu dans la réconciliation et la cohésion sociale.
De son côté, le Pakistan, qui compte près de 2 000 hommes déployés sur le terrain, a déploré que les pays contributeurs de troupes doivent assumer les responsabilités financières du maintien de la paix alors qu'ils n'ont pas leur mot à dire sur l'élaboration des mandats.
« Nous n'avons pas été remboursés depuis 2025 », a-t-il regretté. « La MINUSCA est une réussite de l'ONU mais son action est sapée par le manque de ressources ».
Pour en savoir plus sur la situation en République centrafricaine : rapport du Secrétaire général