05/06/2026 | News release | Archived content
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6 mai, 2026Le 5 mai dernier, plus de 150 métallurgistes et syndicalistes en provenance du monde entier se sont rassemblés devant le siège d'ArcelorMittal à Luxembourg, à l'occasion de l'assemblée générale annuelle de l'entreprise. La manifestation portait sur des préoccupations urgentes, notamment la sécurité du personnel et la concertation sociale. Côté à côte, dans le cadre d'une action commune percutante menée par IndustriALL et le industriAll Europe, ils ont délivré un message sans équivoque : trop c'est trop !
Des travailleuses et travailleurs sont venus de toute l'Europe, du Brésil et du Mexique pour faire entendre leur voix. En plaçant la sécurité des salariés d'ArcelorMittal et le dialogue social au cœur de leurs revendications, ils ont souligné la nécessité d'un réel engagement et d'action concrètes. Ils ont exigé des investissements en faveur de l'humain et de la planète ainsi que le respect des droits des travailleurs. Pour eux, la sécurité de la main d'œuvre d'ArcelorMittal et la concertation sociale impliquent des financements en matière de ressources humaines et de protection de l'environnement ainsi que le respect des droits. Ils ont également appelé à un véritable dialogue social. Leurs vies, leur dignité et leur avenir, ont-ils déclaré, doivent l'emporter sur le profit.
Cette manifestation s'inscrit dans un contexte de crise qui s'aggrave. Au cours des dix dernières années, plus de trois cents ouvriers sont décédés chez ArcelorMittal. Des milliers d'emplois y sont supprimés sans consultation, les engagements climatiques négligés et les syndicats systématiquement réduits au silence. Dans le même temps, l'entreprise a reversé des milliards à ses actionnaires alors que les investissements en termes de sécurité, d'emploi et de transition juste font cruellement défaut.
Ce coût humain ne relève pas d'une simple abstraction. Il est perceptible dans chaque usine, à chaque quart de travail, par chaque métallo devant la pointeuse. Malheureusement, chacun ignore s'il rentrera chez lui sain et sauf.
Flavio Cordeiro De Paiva, représentant de la Confédération nationale des métallurgistes CNM-CUT, affiliée d'IndustriALL au Brésil, a décrit la réalité quotidienne au sein des usines d'ArcelorMittal :
« Nous sommes confrontés à une fatigue croissante due aux horaires imposés, à la stagnation des salaires, à l'utilisation d'équipements non sécuritaires et à une pression grandissante. L'absence d'une concertation sociale soutenue en matière de sécurité des travailleuses et travailleurs chez ArcelorMittal continue de mettre leur vie en danger. Dans mon usine de João Monlevade, au cours de la seule année écoulée, nous avons enregistré vingt accidents et de nombreux incidents évités de justesse impliquant des grues, de l'acier en fusion et des charges lourdes. Le dialogue social, actuellement fragilisé, doit être rétabli. Nous appelons à la négociation, au respect et à la dignité. Notre message est sans détour : la vie des métallos doit primer sur les objectifs financiers. »
Au Mexique, les conséquences du report des investissements se sont déjà avérées fatales. En juin 2025, une explosion de chaudière au sein de la centrale électrique d'ArcelorMittal située à Lázaro Cárdenas au Mexique, a tué un superviseur et gravement blessé un ouvrier. Ce drame évitable résulte d'années de maintenance reportée. L'entreprise avait à plusieurs reprises colmaté les fuites de la chaudière au lieu de remédier aux défaillances sous-jacentes du matériel. La production a été interrompue pendant plus de six mois.
Francisco Galiana Mejia, membre du Syndicat mexicain des mines et de la métallurgie (Los Mineros), organisation affiliée à IndustriALL, s'est adressé aux personnes réunies devant le siège de la multinationale lors de son assemblée générale annuelle :
« En 2025, un contremaître a perdu la vie lors de l'explosion d'une chaudière. Cela est dû au fait que l'entreprise n'a pas investi dans l'usine. La production a ensuite été interrompue pendant sept mois, ce qui a causé d'énormes difficultés à nos familles, car nos revenus ont été réduits de moitié. Mais grâce au leadership et à la solidarité internationale, nous avons réussi à surmonter cette épreuve. Si nous restons unis, nous finirons par remporter la victoire. »
Ce schéma s'étend bien au-delà des Amériques. Au Libéria, lorsque des salariés employés par SEGAL, sous-traitant d'ArcelorMittal en matière de sécurité, ont organisé une manifestation pacifique en octobre 2025, seize d'entre eux ont été battus et arrêtés sur ordre de leur employeur. Les salariés qui se syndicalisent, qui se font entendre, qui réclament ce qui leur revient de droit se heurtent à la répression.
En Europe, l'entreprise a maintes fois écarté son Comité d'entreprise européen (CEE), omettant de le consulter sur des décisions de restructuration majeures, en violation tant du droit européen que de son propre accord CEE. La situation est devenue à ce point intenable qu'en mars 2026, le CEE a été contraint de requérir une médiation. Les syndicats européens qualifient l'approche de l'entreprise de manipulation mentale, celle-ci prétendant informer le CEE alors qu'elle ne le fait pas du tout en réalité.
Une étude réalisée en 2025 par SteelWatch a révélé que, bien qu'elle ait reçu plus de 3 milliards d'euros (3,24 milliards de dollars) de subventions publiques pour la décarbonisation en Europe et au-delà de ses frontières, ArcelorMittal « n'a pris aucune décision finale d'investissement sur aucun des cinq projets annoncés en matière de fer préréduit (DRI) sur le continent et au Canada. » SteelWatch a accusé la multinationale de revenir sur ses engagements climatiques et de renoncer à son rôle de leader du secteur. Entre 2021 et 2024, elle n'a consacré que 800 millions de dollars à la décarbonisation, tout en reversant 12 milliards de dollars à ses actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d'actions.
L'acier ne peut pas être produit au plan mondial à coups de promesses. Il est fabriqué par des travailleuses et des travailleurs, par des métallurgistes qui méritent des conditions de travail sécurisées, des salaires équitables et une voix à la table des négociations.
« L'action d'hier a prouvé que la solidarité ne connaît pas de limites ! ArcelorMittal n'investit pas dans la décarbonisation et les nouvelles technologies. L'entreprise fait passer les profits avant l'humain et la planète. Au lieu de créer de nouveaux emplois en Europe grâce à la décarbonisation, elle prévoit de délocaliser un tiers de sa main-d'œuvre européenne. »
Il est inacceptable que le groupe sidérurgique reçoive 3,5 milliards de dollars de subventions publiques à l'échelle planétaire alors que son personnel souffre et perd la vie dans des usines mal entretenues.
Avec le plan d'action de l'UE pour l'acier et les métaux en place, un cadre politique favorable, des résultats financiers solides et un soutien massif de l'opinion publique rien ne justifie le fait qu'ArcelorMittal reste les bras croisés en termes d'investissement dans la décarbonisation. Investir dans la décarbonisation, c'est investir dans des emplois syndiqués décents, dans les compétences et dans l'avenir à long terme de l'acier en Europe. Et l'entreprise doit désormais y mettre du sien.
« Les travailleurs et l'environnement paient le prix des décisions d'ArcelorMittal, cela suffit maintenant! » a déclaré Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d'industriAll Europe.
« ArcelorMittal a signé un accord mondial sur la santé et la sécurité en 2008. Dix-huit ans plus tard, des travailleuses et des travailleurs succombent à des accidents mortels évitables et sont battus pour avoir manifesté pacifiquement tandis que 450 de nos collègues de l'Ohio ont été contraints de faire grève pendant plus de deux mois pour obtenir une convention équitable. IndustriALL demande à l'entreprise de rendre compte quant à la mise en œuvre de cet accord dans toutes ses usines à travers le monde. Nous l'appelons également à s'asseoir à la table des négociations avec nous et à consolider l'accord existant par l'ajout d'objectifs contraignants, d'un système transparent de signalement des accidents mortels et des sanctions réelles en cas de non-respect. Le cadre existe déjà, ce qui manque c'est la volonté de le mettre en œuvre »,
a déclaré Alex Ivanou, Directeur du secteur des métaux de base chez IndustriALL.