04/02/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/02/2026 11:07
Q - Bonjour, Wassim Alahmar, France 24. Est-ce que vous pouvez développer un peu sur la réunion autour d'Ormuz et aussi sur la réunion avec les pays du Golfe ? Et puisque la France, et le Président a confirmé cette position ce matin, est hostile à l'opération militaire, est-ce que l'ouverture passe par des négociations avec les Iraniens de votre côté ?
Ma deuxième question, l'ambassadeur d'Israël en France a considéré ce matin que la France « n'est pas une puissance amicale ». Est-ce qu'on peut avoir une réaction ?
R - Sur la réunion, qui se tient en ce moment même : le ministre y participe. C'est un format qui est très similaire à la réunion menée par notre chef d'état-major des armées la semaine dernière, autour de 35 pays, qui sont ensemble pour aider les navires à sortir du détroit. Notre objectif de fond, c'est bien sûr de débloquer le détroit et de rétablir cette liberté de navigation, c'est ce que le Président de la République a dit dès le début du conflit. Et nous agissons avec nos partenaires, je vous l'ai dit, à la fois par les démarches diplomatiques initiées par le Président de la République, par les différents ministres, et au niveau du chef d'état-major des armées, également la semaine dernière. Aujourd'hui, cette réunion téléphonique se tient en ce moment et elle préparera la réunion la semaine prochaine qui réunira à la fois les partenaires du G7 et les partenaires du Golfe sur ce même thème. Et c'est un très bon exemple de coopération, de bonne coopération franco-britannique, je dirais.
Q - ce sera en présentiel ou distanciel ?
R - Sur le G7, pays du Golfe ? Je pense que ce sera effectivement en VTC.
Ensuite, sur votre seconde question, être amis, c'est se dire aussi les choses honnêtement. Dans la relation entre la France et Israël, nous distinguons deux éléments. Nous faisons la différence entre le peuple israélien, avec lequel nous avons des relations d'amitié, des coopérations très fortes, universitaires, culturelles, scientifiques, il n'a jamais été question qu'elles s'arrêtent. Je vous rappelle qu'il y a 200.000 Français résidents en Israël, dont une bonne partie sont franco-israéliens. Et puis il y a les autorités israéliennes, avec lesquelles nous avons parfois des désaccords que nous n'hésitons pas à exprimer ou à partager en bilatéral. Mais nous avons toujours choisi de maintenir ce dialogue, même lorsqu'il nous a été reproché, par exemple, la démarche de reconnaissance de l'État de Palestine, qui n'est pas et qui n'a jamais été un acte contre l'État d'Israël. Au contraire, c'était le fait d'aller dans l'intérêt de long terme, une mesure qui s'inscrivait dans l'initiative diplomatique globale, dont l'une des priorités était aussi la sécurité d'Israël et son intégration dans son environnement régional. Dans l'escalade actuelle, dans laquelle certains semblent vouloir aller, si l'on en croit leurs déclarations, ce dialogue nous semble plus nécessaire que jamais, en réalité. Et il se poursuit. C'est le sens des échanges que le président de la République a eus avec le Premier ministre Benyamin Netanyahou à plusieurs reprises. C'est le sens de la visite du ministre des Affaires étrangères en Israël la semaine dernière. Et nous partageons très librement nos analyses, parfois divergentes, nos positions, comme c'est aussi le cas, par exemple, sur [la loi sur] la peine de mort qui a été adoptée lundi par la Knesset. Et nous pensons à un intérêt commun dans tous ces cas-là, la stabilité et la sécurité régionale. Dernier élément, de toute façon, que vous avez en tête, c'est que nous sommes attachés indéfectiblement à la sécurité d'Israël. Nous estimons, cela dit, que plusieurs des orientations du gouvernement actuel ne concourent pas aujourd'hui à bâtir la paix ou la stabilité régionale.
Q - Merci. Trois incidents ont eu lieu entre l'armée israélienne et le contingent français de la FINUL samedi dernier dans la zone de Naqoura. Des soldats israéliens auraient pointé leurs armes sur le chef d'état-major de la FINUL, Paul Sanzey, qui a été ordonné de quitter les lieux. Confirmez-vous cet incident et dans l'affirmative, quelle est votre réaction ? Le ministre a parlé d'actes d'intimidation commis par l'armée israélienne il y a quelques jours. Quelle est votre réaction ? Est-ce que vous confirmez cet incident ?
R - Le ministre a déjà réagi en réalité, mais je vais poursuivre. La France condamne avec la plus grande fermeté les attaques contre la FINUL ayant causé la mort de trois soldats indonésiens. Ce n'est pas votre question, mais c'était aussi des événements qui se sont déroulés dimanche et lundi et qui ont fait aussi trois blessés dans le contingent. La France renouvelle ses condoléances aux familles des Casques bleus tués et sa solidarité notamment à l'Indonésie dont ses soldats étaient issus. Et nous condamnons absolument également les intimidations absolument inacceptables contre notre contingent le week-end dernier. Et cela a été signifié très fermement à l'ambassadeur d'Israël en France lundi au Quai d'Orsay. Ces incidents s'inscrivent…
Q - Le fait que les soldats israéliens ont pointé leurs armes contre le chef d'état-major de la FINUL.
R - Je ne vais pas rentrer pas dans le détail , mais je vous confirme qu'il y a effectivement eu ces intimidations. Ces incidents, en réalité, ils s'inscrivent dans un cycle de multiplication, et c'est ça aussi qui nous inquiète, de multiplication et d'aggravation des attaques contre la force et contre la FINUL. À chaque fois, ce sont des violations graves, non seulement de la résolution 1701, mais aussi du droit international qui oblige, à travers la Charte des Nations unies, d'apporter sécurité et sûreté aux personnels, aux biens et aux locaux des Nations unies où elles sont déployées. Donc ces violations, elles doivent cesser. Il doit désormais aussi y avoir des enquêtes qui doivent être menées, notamment par l'ONU et par la FINUL, en particulier sur la détermination des responsabilités. Une réunion d'urgence, comme vous le savez, a été convoquée au Conseil de Sécurité par la France avec le concours de l'Indonésie le 29 mars dernier pour marquer avec force le caractère inacceptable et injustifiable de ces incidents et la nécessité absolue que toutes les parties se conforment désormais réellement à leurs obligations. Mais je voudrais aussi, parce que derrière cela, on voit des attaques sur la pertinence de la Force, et donc je voudrais aussi rappeler à nos yeux le rôle essentiel qu'a joué et que joue la FINUL pour la stabilité du sud du Liban comme force non partisane, comme force de déconfliction, comme force d'accompagnement de la montée en puissance des Forces armées libanaises. Elle fait désormais face à une escalade qui n'est pas de son ressort et sur laquelle nous œuvrons diplomatiquement avec les différentes parties pour la désescalade.
Q - Une question qui va compléter celle de mon confrère. Qu'en est-il de l'alliance de fait entre nos alliés de l'armée israélienne, nos amis tout du moins et l'armée française, aujourd'hui dans ce contexte-là, lorsque des soldats sur le territoire, un contingent français est visé ? Il y a le chef du premier parti d'opposition de gauche en France qui appelle à riposter. Je cite « Sinon Netanyahou recommencera ». Est-ce que vous avez une réaction à apporter à Jean-Luc Mélenchon de fait là ? Et une deuxième question. Lundi, on apprenait que l'Espagne, aussi amie de la France, interdisait les avions états-uniens à survoler son sol, ceux engagés tout du moins dans la guerre contre l'Iran, une décision en cohérence avec nombre de prises de position de ce pays, un gouvernement de gauche qui a pris beaucoup de positions pour la Palestine, contre la guerre, pour le droit international. Qu'en est-il de la réaction potentielle de la France par rapport à cette décision-là d'interdire le survol du pays ? Est-ce que la France va s'en inspirer ou continuer à autoriser les avions engagés dans la guerre en Iran ou d'autres avions qui pourraient, par exemple, contenir le Premier ministre Netanyahou, pourtant visé par un mandat d'arrêt, comme vous le savez ?
R - Alors vous savez que ce n'est pas vraiment l'habitude à ce podium de commenter les prises de position de nos élus, donc je n'aurai pas de commentaires à faire, mais je vais répondre globalement, notamment sur votre deuxième point et la question des survols. On a là-dessus une position qui est très établie, qui repose sur le droit international, avec des éléments qui sont à la fois la Convention de Chicago de 1944, que sont ce qu'on appelle l'instruction interministérielle 111, ensuite au niveau national, c'est des procédures qui sont en réalité assez routinières, assez habituelles, les autorisations de survol, et qui consiste à dire que ce sont des autorisations données au cas par cas, de manière totalement souveraine, et que ce sont, en réalité, dans notre cas, en l'espèce, des autorisations qui découlent de la manière dont nous sommes positionnés, c'est-à-dire nous ne sommes pas parties à cette guerre et c'est dans cette logique-là que nous prenons ici les décisions qui s'imposent. Ces décisions, elles sont constantes depuis le début de la guerre et donc il n'y a pas eu de changement ou d'éléments nouveaux, il n'y a pas eu de changement de position depuis le premier jour et donc nous vous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début du conflit.
Q - (inaudible)
R - Après, je ne vous dis pas plus sur ces éléments, une bonne partie sont couverts par la sécurité nationale, mais ces décisions sont à la fois routinières, elles sont prises sur la base du droit international, et elles sont souveraines au cas par cas.
Q - (inaudible)
R - S'agissant de la guerre, nous avons toujours dit qu'elle [la décision] avait été prise seule, sans nous, et qu'elle était en dehors du droit international, et que nous ne pouvions pas l'approuver.
Q - (inaudible)
R - Notre posture sur le sujet, elle est strictement défensive. Vous le savez, nous sommes là-bas comme un allié fiable pour nos partenaires qui sont attaqués par l'Iran, Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn, etc. Nous sommes là pour le rétablissement de la liberté de navigation. C'est pour ça que nous avons aussi eu un déploiement extrêmement important, notamment du porte-avion Charles de Gaulle, de porte-hélicoptères, de frégates, etc. Absolument strictement défensive. Et puis, troisièmement, effectivement, vous avez moins de questions dessus parce que le pic de la crise et du besoin d'aider au retour de nos compatriotes est maintenant un peu derrière nous, mais qui était évidemment en soutien à nos ressortissants, qui étaient environ 400.000 soit résidents, soit de passage dans la région.
Q - Trois petites questions en lien avec ce sujet des transits. Contrairement à l'Espagne, le gouvernement français mène une politique qui ne semble pas très claire ou en tout cas pas assumée contre la guerre. Vous le dites à demi-mot justement. Pourquoi n'avoir pas affirmé, n'avoir pas annoncé justement que les avions américains en transit vers Israël transportant des armes ne seraient pas autorisés ? Pourquoi ce n'est pas une annonce assumée, une politique assumée ? Ça se fait, en fait, on l'a appris par les Américains et les Israéliens.
R - Je ne ferai pas plus de commentaires là-dessus, je vous ai exprimé l'ensemble des points de notre position, une bonne partie étant en effet couvert par des questions de sécurité nationale.
Q - Justement, du coup, à travers cette information donnée par les Américains et les Israéliens, on a appris que la France livrait du matériel militaire à Israël, puisque Israël s'est fâché et a dit « la France n'est pas coopérative, elle n'est pas amicale, donc on n'acceptera plus de livraison de matériel militaire ». Vous, depuis plus de deux ans, vous dites qu'il n'y a pas de livraison de matériel militaire à Israël. Donc, c'est un peu gênant, non ? Qu'est-ce que ça nous dit ? Ça fait deux ans et demi que je viens ici demander des questions. Et une dernière question, je la pose ?
R - Oui.
Q - Et la dernière question, justement, au pic de ces tensions, hier, le Gouvernement, bon c'est plus une question nationale, mais c'est en lien complètement avec ce qui s'était passé, je pense. Le Gouvernement a voulu précipiter l'examen du vote de la loi Yadan, qui veut limiter la liberté d'expression sur la critique d'Israël. Est-ce que c'est un gage que vous avez voulu donner immédiatement à Israël à ce moment de tension ? C'est quand même très étonnant ce qui s'est passé hier. Ça a été vécu comme une insulte par les parlementaires et un manque de respect. Il y a eu tout un débat hier autour de cette volonté de précipiter le vote de la loi Yadan, qui est quand même très problématique et très décriée. Elle devait passer le 16. Le Gouvernement a voulu la faire passer aujourd'hui, en fait. Ça devait être pour aujourd'hui. Ça n'a pas marché, mais c'est très étonnant, ce même moment.
R - Je n'ai pas de commentaires, là encore, sur les élus et sur les lois en discussion à l'Assemblée. C'est le principe de séparation des pouvoirs.
Q - Il n'y a pas de lien ? Il n'y a pas de séparation des pouvoirs, c'est votre même gouvernement.
R - À ma connaissance, pas d'élément qui serait de nature à établir un lien. Mais encore une fois, je vous dis ça sans commenter ce qui se passe au Parlement.
S'agissant de votre première question, il y a eu des déclarations à chaud par des responsables israéliens concernant effectivement les exportations d'armes françaises et les exportations vers Israël. Nous n'avons pas, à ma connaissance, eu de notification formelle de ce que cela impliquait. Je voudrais juste rappeler quelques éléments là-dessus pour clarifier tout ça. D'une part, qu'on parle de flux extrêmement faibles…
Q - Un flux quand même, donc d'armes à destination d'Israël.
R - C'est environ 0,2% en 2024, 0,2% du montant total des exportations françaises de matériel défensif . Donc on parle de flux très faibles. Deuxièmement, on parle, ça nous l'avons toujours dit, de choses qui sont défensives ou qui sont des pièces destinées à de la réexportation. Donc ça, ça n'a jamais changé. Ce sont ces éléments qui ont toujours été indiqués. Et notre objectif aujourd'hui, c'est de parvenir à une réduction des tensions dans la région qui sont dangereuses pour tous, y compris pour Israël. C'est ça qui guide l'ensemble de nos positions et l'ensemble des décisions que nous prenons sur la base de ces positions.
Q - Et donc, qu'est-ce qui va se passer ? Israël a dit qu'elle n'accepterait plus de matériel militaire de la France, donc vous allez arrêter ?
R - Ce que je vous dis, c'est que nous n'avons pas eu, à ma connaissance, de notification précise de ce que ça impliquait.
Q - Il y a une déclaration officielle. Mais en fait, il n'y a pas de réaction de la France. La France subit ce que dit Israël. Israël dit « Nous, nous ne voulons plus de matériel militaire » et vous, vous ne savez pas, en fait. Vous ne dites pas « nous aussi, on arrête » en fait. Vous pouvez décider d'arrêter ces livraisons, puisque vous êtes contestés dans votre décision souveraine de ne pas laisser les avions transiter. C'est quand même étonnant de ne pas réagir.
R - Je vous dis qu'à ce stade, nous n'avons pas reçu une notification officielle de ces éléments.
Q - J'ai une question sur Ormuz. J'essaie juste de comprendre l'organisation, je comprends bien les limites de l'exercice, etc. Ce n'est pas pour revenir là-dessus, tout à l'heure au ministère des Armées, ils ont dit que la conférence qui a lieu aujourd'hui à l'initiative de la Grande-Bretagne est une initiative politique, donc annoncée par la Grande-Bretagne, mais que l'initiative militaire est menée par la France. Donc, en fait, est-ce que c'est une initiative franco-britannique ou est-ce qu'il y a une initiative britannique qui est politique et une initiative française qui est militaire ? Parce qu'à ma connaissance, vous, au ministère des Affaires étrangères, n'avez pas avant organisé de meetings politiques comme aujourd'hui la Grande-Bretagne l'a fait, avec à sa tête Yvette Cooper, parce que les Anglais ont dit que c'était la première fois qu'il y avait ce genre de réunion avec 35 pays. Et la semaine dernière, la France a aussi fait une réunion avec 35 pays, mais c'était le chef des armées. Donc, en fait, est-ce qu'il y a une coordination ? Est-ce que cette initiative pour Ormuz, est-ce que c'est franco-britannique ? Ou est-ce qu'il y a deux choses qui se passent en parallèle, en fait ? Je voulais juste comprendre le niveau de coordination, en particulier politique.
R - Non, il y a des efforts qui sont conjoints. Nous avons, et le Président également dès le 1er mars, parlé de cette mission pour la partie sécurisation du détroit d'Ormuz et liberté de navigation. Et depuis, il y a eu beaucoup de démarches diplomatiques qui sont toujours un peu compliquées à expliquer, publiquement, j'entends, parce qu'il s'agit de démarches, d'explications, etc. Donc là, c'est une coalition qui est… Ce n'est pas une coalition, je veux dire, c'est un effort franco-britannique en ce moment qui est en train de se faire et qui, encore une fois, prépare la décision, la réunion du G7 des Affaires étrangères la semaine prochaine. Et ça a par ailleurs été, ça a fait partie des éléments qui ont été discutés lors de la ministérielle des Vaux-de-Cernay la semaine dernière.
Q - Bonjour, Esra Taskin de l'agence Anadolu. Le parlement israélien a adopté une loi de peine de mort ciblant les prisonniers palestiniens. En tant que pays ayant aboli la peine de mort, la peine capitale, quelle est votre réaction face à cette loi qui vise uniquement les prisonniers palestiniens ?
R - Merci. Notre position, elle est simple. Nous l'avons exprimée déjà dans une première déclaration dimanche dernier, dans un format avec les Italiens, les Britanniques et les Allemands. Et puis nous l'avons réexprimée après le vote de la loi, dans un format à l'unanimité des 27 États membres [de l'Union européenne], c'est dire notre préoccupation absolue sur ce sujet. Vous savez que la peine de mort, c'est une sanction à la fois inhumaine et dégradante. La France plaide pour son abolition universelle. C'est un de nos combats de long terme. Et cela contrevient en réalité aux principes démocratiques et aux engagements internationaux auxquels les démocraties ont librement souscrit. Par ailleurs, nous avons aussi déploré dans cette déclaration le caractère discriminatoire de la loi.
Q - Bonjour, Paola de Orte, quotidien O Globo au Brésil. Ma question est sur les élections en Hongrie la semaine prochaine. Je voulais savoir si la France attend que les résultats des élections améliorent les relations entre l'Union européenne et la Hongrie, surtout en regard à la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie.
R - Il y a un principe assez sacré en diplomatie, c'est qu'on ne commente les élections du pays d'à côté. Donc je vais m'y conformer, pour une simple bonne raison, c'est qu'on déteste absolument que les autres États commentent nos propres élections internes. Après, je voudrais aussi redire, puisque le sous-entendu derrière, c'était sur la partie Ukraine, vous en parliez, nous avons adopté 19 paquets de sanctions depuis quatre années. À chaque fois, ces 19 paquets, ils sont adoptés à l'unanimité. Et il y a désormais en discussion le 20e paquet, ainsi que le projet de prêt de 90 milliards d'euros. Dans ces deux cas, nous n'avons aucun doute sur le fait qu'ils seront adoptés. La question n'est pas de savoir si, mais quand ils seront adoptés. Et puis, enfin, sur l'Ukraine, notre position est constante, et elle est partagée par l'Europe, qui est d'apporter à l'Ukraine les garanties de sécurité, ça c'est la Coalition des volontaires. C'est de continuer la pression sur la Russie et de durcir les sanctions contre elle. Nous avons reconduit, vous savez, mi-mars 2.600 désignations qui avaient été adoptées à l'unanimité depuis 2022. Et puis enfin, c'est d'intensifier la lutte contre la flotte fantôme en lien avec nos partenaires et nos efforts portent leurs fruits, comme vous l'avez vu, avec un nouvel arraisonnement, le 20 mars dernier, d'un bateau qui s'appelait le Deyna.
Q - Je voudrais juste revenir sur Ormuz et cette bonne coopération franco-britannique. Est-ce que maintenant, juste pour clarifier, c'est bien une initiative franco-britannique ? Il n'y a pas deux choses séparées de personnes qui font deux choses différentes ? Et si c'est le cas, vous partagez la même approche que les États-Unis ne devraient pas faire partie de cette initiative et que c'est bien pour l'après-guerre ? Ça, c'est une position commune de la France et du Royaume-Uni, puisque c'est une initiative commune ?
R - Ça, notre position, elle est très claire, et le Président vient de le redire il y a quelques instants depuis la Corée du Sud…
Q - Ça, c'est la position française, mais là, vous dites que c'est une coopération franco-britannique.
R - Je ne suis pas le porte-parole encore des Britanniques…
Q - Non, mais là, c'est une initiative, c'est vous qui dites que c'est une initiative franco-britannique. Donc, si c'est une initiative franco-britannique, vous avez les mêmes positions, en principe.
R - Cette mission, elle ne peut être qu'une fois que la partie intense des bombardements sera derrière nous, parce qu'encore une fois, nous considérons comme totalement irréaliste une opération par la force dans la région quand vous avez environ 1.000 kilomètres de côtes à sécuriser.
Q - Mais cette initiative, ça serait donc sans ou avec les Américains à la fin, quand cette guerre sera finie ?
R - Elle n'exclut personne. C'est un blocage régional qui a des conséquences mondiales, notre intérêt est de rétablir la fluidité de ce trafic parce que l'économie mondiale en pâtit, et derrière l'économie mondiale, l'économie européenne, l'économie française, mais par ailleurs aussi d'autres économies et notamment l'économie américaine. Donc notre but, c'est d'avoir de l'impact et des résultats, c'est-à-dire le rétablissement de la liberté de navigation, mais dans la limite qui est : nous ne voulons pas une libération de ce détroit par la force.
Q - OK, et juste pour revenir sur la relation entre la France et Israël, Est-ce qu'à votre connaissance, il y a encore des discussions entre Paris, entre la France et Israël sur le Liban ?
R - Nous avons toujours maintenu…
Q - Non, mais est-ce que les Israéliens, depuis cet incident le week-end dernier, est-ce qu'ils ont coupé les discussions politiques, les initiatives françaises ?
R - Je viens de vous en parler par ailleurs, il y a eu une discussion, notamment, formelle, avec l'ambassadeur israélien à Paris lundi, encore, donc pas plus tard qu'il y a trois jours. Mais après, il y a des échanges constants au niveau des ambassades, que ce soit notre ambassade à Tel Aviv ou l'ambassade israélienne à Paris.
Q - (inaudible)
R - Sur tous les sujets qui nous intéressent, y compris sur le Liban.
Q - Désolée, mais je n'ai pas très bien compris si vous pouvez expliquer. Est-ce que la France a interdit le survol d'un avion qui allait vers Israël, qui portait des armes américaines ? Oui ou non ? C'est les propos de Donald Trump. Les messages que vous nous envoyez sont vraiment très confus. Moi, je ne comprends pas. Oui ou non ? Oui, c'est votre position depuis le début. Ça, c'est ce que l'Élysée a dit. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Que oui, vous avez interdit ?
Puis deuxième question, est-ce que vous décrivez les attaques contre les contingents français de la FINUL comme délibérées ? Est-ce que c'est un mot que vous utilisez ?
Et ma troisième question concerne la loi de la peine de mort. Vraiment, j'ai une question que je pose depuis deux ans. Pourquoi vous ne sanctionnez pas [Bezalel] Smotrich et [Itamar] Ben-Gvir, des ministres qui ouvrent des bouteilles de champagne pour célébrer ? Vous avez les moyens au niveau national avec la loi contre le terrorisme. Il y a plusieurs moyens de faire ça. On se pose cette question. Il y a d'autres amis, alliés qui l'ont fait. Pourquoi vous ne le faites pas ?
R - Sur la question des sanctions, à chaque fois, ce qu'on essaie de faire, ce sont des sanctions qui ont de l'impact. Nous avons condamné, nous l'avons fait dans les termes les plus directs que je vous ai rappelés il y a quelques minutes, sur la peine de mort et la décision de la Knesset. Pour nous, le niveau efficace est en particulier à l'Union européenne, parce que c'est là que vous avez aussi des leviers qui sont économiques, et donc c'est ça, c'est à ce niveau-là que nous discutons, quand nous en avons l'occasion.
Sur les attaques contre…
Q - (inaudible)
R - On ne dit pas ça, on dit que, notamment, c'est à ce niveau-là qu'on essaie, qu'on essaie, que nous avons essayé d'avancer. …
Q - (inaudible)
R - Notamment, il y a notamment le niveau efficace qui, pour nous, est à ce niveau-là.
Deuxièmement, sur les attaques de la FINUL, c'est à l'ONU et à la FINUL de déterminer désormais la nature de ces responsabilités. Vous avez des rapports divers, des prises de position diverses qui se sont notamment exprimées à l'ONU, en début de semaine. Donc, ce rapport-là doit être déterminé par l'ONU. Après, nous, ce qu'on constate, c'est que ces incidents s'inscrivent dans une forme de montée en aggravation et en fréquence qui sont contre la force et qui sont extrêmement préoccupants.
Et puis, sur votre première question, j'ai déjà répondu. Je vous ai dit nos éléments là-dessus, je n'y reviendrai pas plus.
Q - Bonjour, Bassam Tayara du réseau Presse-net. Concernant le détroit d'Ormuz, quand le conflit sera terminé, est-ce que vous êtes d'accord avec l'instauration d'un droit de passage, que ce soit du côté de l'Iran ou bien du côté du sultanat d'Oman ? Merci.
R - Ce qu'on pousse, c'est essentiellement le rétablissement de la liberté de navigation. Il y a un droit international qui encadre cette liberté de navigation qui s'appelle la Convention de Montego Bay de 1982. Il y a une liberté de passage notamment dans les détroits et on veut essentiellement permettre que ce droit international puisse être rétabli. Donc non, c'est le principe de liberté et de sécurité de la navigation qui l'emporte. Après, on est volontaires pour prendre la responsabilité avec d'autres dans le cadre de ces efforts de mission pour avancer, c'est-à-dire une responsabilité qui pourrait prendre la forme d'escorte militaire qui serait avec des bateaux français et d'autres pour faire en sorte qu'ils soient protégés.
Q - Les droits de passage ?
R - Je vous ai dit, on veut le rétablissement du droit international. Le droit international, c'est notamment la liberté de navigation.
Q - Est-ce que vous avez des informations sur ce groupe iranien qui est soi-disant derrière l'attentat déjoué à la banque Bank of America ?
R - Je vous renvoie vers le ministère de l'Intérieur sur ce point et ensuite les autorités judiciaires compétentes.
Q - Sur un autre sujet, à l'occasion de la visite du ministre chargé du Commerce extérieur au Maroc, est-ce que la préparation d'un traité d'amitié avec le Maroc avance ? Est-ce que ce sera discuté à l'occasion de cette visite ?
R - D'un traité d'amitié franco-marocain ?
Q - Oui, dans le comité côté français, c'est Hubert Védrine.
R - Elle s'inscrit, je ne vais pas faire des annonces avant que la visite ne se déroule, elle s'inscrit dans le cadre du renforcement des relations à la suite, vous savez, du rehaussement de notre partenariat et notamment suite au courrier du président de la République à Sa Majesté le Roi. Et donc elle est essentiellement sur les sujets notamment économiques. Merci beaucoup. Et une dernière ?
Q - Alors, un peu en résumé de ce qu'on a pu entendre jusqu'à maintenant, j'ai une petite liste, c'est-à-dire que là, on voit, pour revenir sur la question palestinienne et israélienne, on voit une intensification militaire de partout autour de ce pays. Nous avons le génocide à Gaza qui se poursuit, la colonisation qui s'accélère en Cisjordanie, des tués au Liban, des Français visés au Liban, le contingent français, on l'a vu, des attaques contre la FINUL, des attaques de navires, on se souvient, humanitaires dans les eaux internationales. Israël, en fait, la liste n'est pas entière là, Israël fait un peu ce qu'il veut, on a l'impression. Vous nous dites à l'instant que la France condamne par votre personne, mais aussi par des déclarations sur le compte Twitter du ministre, etc., et renvoie vers le continent, vers l'Union européenne, sans conséquence, on aimerait vraiment savoir, parce que jusqu'à maintenant, vous me dites à chaque fois, et votre prédécesseur aussi me disait, on ne peut pas tout vous dire, on ne peut pas tout vous dire parce que ça se passe en coulisses, mais on avance, la France travaille à la paix, etc. On peut peut-être constater avec la liste que j'ai rappelée qu'on s'éloigne de la paix, on s'éloigne de la solution. Qu'est-ce qui ne fonctionne pas dans la stratégie française jusqu'à maintenant, du coup ?
R - Merci pour votre question finale du reste. Notre objectif, c'est notamment d'éviter la déstabilisation régionale. Plus la situation perdure, plus ce risque d'escalade et ce risque de déstabilisation s'aggravent. On a en particulier en tête le sujet libanais. Ça fait partie des efforts absolument centraux de notre diplomatie et c'est pour ça que le ministre était et au Liban et en Israël, il y a maintenant presque deux semaines, pour avancer sur ces efforts, à la fois pour conforter les autorités libanaises dans le soutien que nous leur apportons, je crois que nous sommes l'État qui fait quasiment le plus pour le Liban. Il y a eu, vous le savez, la ministre déléguée aux Armées qui était hier à Beyrouth pour la réception de 39 véhicules de l'avant blindé aux Forces armées libanaises, donc pour les aider à se renforcer. Nous avons envoyé 60 tonnes d'aide humanitaire, nous poursuivons le dialogue avec l'ensemble des forces politiques et nous les soutenons dans les décisions courageuses qu'ils ont prises, notamment le renvoi de l'ambassadeur iranien à Beyrouth ou la condamnation de la branche armée du Hezbollah, qui sont des décisions qu'ils ont prises et que nous soutenons totalement. Par ailleurs, les autorités libanaises ont dit qu'elles étaient ouvertes à des dialogues directs avec les autorités israéliennes. Là encore, ce serait une avancée absolument majeure et ça fait partie d'une opportunité historique que nous souhaitons soutenir. Et donc, c'est aussi ce que nous disons aux autorités israéliennes dans la période actuelle, en essayant aussi de leur dire qu'à l'avenir, c'est dans leur intérêt propre d'avoir un Liban à la fois souverain, souverain sur le sud de son pays, et fort, et c'est dans son intérêt-là.
Merci beaucoup. À bientôt.