IMF - International Monetary Fund

04/15/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/15/2026 07:49

Le choc lié à la guerre exige une réponse budgétaire rigoureuse

La guerre au Moyen-Orient pèse sur les individus, les entreprises et les pays à un moment où les finances publiques sont déjà fragilisées par des défis relevant du long terme. Du fait du renchérissement de l'énergie et des denrées alimentaires, du resserrement des conditions financières et de la montée de l'incertitude, des appels en faveur d'un soutien budgétaire se font de nouveau entendre.

Dans la formulation de leurs réponses à ce choc, les pays devront soigneusement tenir compte de l'équilibre entre la protection des populations les plus vulnérables et la préservation des signaux-prix envoyés par le marché. Le Moniteur des finances publiques, dans sa dernière édition en date, fait valoir qu'au regard de l'endettement déjà élevé dans de nombreux pays, la réponse apportée par la politique budgétaire doit être prudente : il convient de fournir un soutien là où cela s'avère nécessaire sans pousser les finances publiques plus près du précipice.

Une situation de départ fragile

Avant la guerre, les finances publiques étaient déjà fortement sollicitées. La pandémie, le choc de 2022 sur les prix de l'énergie et des denrées alimentaires, et la multiplication des perturbations des échanges commerciaux ont fait augmenter la dette et affaibli les marges de manœuvre et retardé les efforts d'assainissement.

Même lorsque l'économie s'est redressée, la situation budgétaire n'a pas suivi. La croissance mondiale a été vigoureuse en 2025. Pour autant, aucun progrès significatif n'a été enregistré sur le front du rééquilibrage budgétaire. Dans de nombreux pays, les déficits sont restés élevés, la dette a continué de se creuser et les charges d'intérêt se sont rapidement alourdies.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le déficit budgétaire mondial s'est maintenu à 5 % du produit intérieur brut en 2025. La dette publique brute est montée à 94 % du PIB et devrait atteindre la barre des 100 % d'ici à 2029, c'est-à-dire une année plus tôt que ce qui était attendu il y a à peine un an. Les finances publiques dans de nombreux pays sont plus fragiles qu'avant la pandémie. Les dépenses d'intérêts ont rapidement augmenté : elles sont passées de 2 % à près de 3 % du PIB en l'espace de quatre ans seulement. Dans le même temps, l'écart s'est creusé entre les plans budgétaires à moyen terme des pays et ce qui serait nécessaire pour stabiliser la dette au niveau mondial.

Des défis structurels

La nature des défis budgétaires a changé. Les faiblesses ne sont plus principalement d'ordre cyclique ou le résultat d'urgences ponctuelles ; elles sont devenues structurelles : les dépenses de sécurité, les coûts liés aux transitions climatique et énergétique, ainsi que l'alourdissement des charges d'intérêts font durablement pression sur les budgets, sans que les recettes augmentent au même rythme.

Dans ce contexte, chaque choix en matière de recettes et de dépenses s'accompagne de conséquences à plus long terme. Attendre de la croissance qu'elle fasse seule son œuvre constitue une approche très risquée. Lorsque les tensions sont structurelles, retarder le rééquilibrage des finances publiques ne permet aucunement de gagner du temps. Au contraire, cela a pour effet de limiter les options et d'accentuer les risques.

Les risques abondent

Nos prévisions de référence supposent que les perturbations liées à la guerre s'atténuent d'ici à la mi-2026. Cette hypothèse est toutefois incertaine.

Pour évaluer les effets de cette situation, le Moniteur des finances publiques envisage un scénario pessimiste présenté dans les Perspectives de l'économie mondiale, dans lequel les prix du pétrole demeurent 100 % plus élevés que les projections pour 2027, les tensions inflationnistes refont surface et les conditions de financement se resserrent. Dans ces conditions, la dette mondiale à risque (définie comme le 95e centile de la répartition prévue de la dette à trois ans, dans ce qui serait un scénario extrême, mais plausible) serait supérieure à 120 % du PIB, contre 117 % dans le scénario de référence des Perspectives de l'économie mondiale, sachant que cette hausse se concentrerait dans les pays émergents et les pays en développement.

Au-delà de ce conflit, d'autres risques sont préoccupants. La fragmentation dans les secteurs du commerce et de la finance menace de réduire la croissance et de renchérir le financement. L'instabilité politique risque d'affaiblir les réformes et la mobilisation des recettes. De plus, une correction brutale des valorisations sur les marchés, notamment des actions liées à l'intelligence artificielle qui dominent maintenant, pourrait entraîner un resserrement rapide des conditions financières. Dans le même temps, puisque les banques centrales réduisent la taille de leur bilan, les pouvoirs publics doivent s'appuyer davantage sur des investisseurs privés pour absorber des émissions de dette en hausse, ce qui rend les coûts d'emprunt plus sensibles aux variations du sentiment du marché.

Une réponse budgétaire rigoureuse

La discipline budgétaire suppose d'opter pour des politiques qui protègent la stabilité d'aujourd'hui sans compromettre celle de demain.

Si les pouvoirs publics décident d'aider les entreprises et les ménages qui sont confrontés à une hausse des coûts de l'énergie et des denrées alimentaires, il convient que ce soutien soit ciblé, temporaire et axé sur ceux qui sont le plus exposés et le moins en mesure d'absorber les hausses de prix. De nombreux pays ont mis en place des filets de protection sociale efficaces pendant la pandémie ; ces mécanismes peuvent - et devraient - être utilisés une nouvelle fois.

Les pays qui disposent d'un espace budgétaire restreint devraient éviter de financer des mesures de soutien par l'emprunt. Il est préférable de réaffecter les dépenses à enveloppe constante et d'accorder la priorité aux dépenses liées à la crise (ce qui est potentiellement plus faisable d'un point de vue politique). L'autre option consisterait à accepter durablement un niveau d'endettement et des coûts d'intérêts plus élevés, ce qui, in fine, forcerait à procéder à des arbitrages plus douloureux. Pire encore, les marchés de la dette publique pourraient s'en trouver déstabilisés ou les conditions, dégradées dès aujourd'hui.

Il convient de coordonner étroitement les politiques budgétaire et monétaire. Les dépenses d'urgence ne devraient jamais accroître la demande globale, afin que les mesures de soutien n'entravent pas les initiatives déployées par les banques centrales pour contenir l'inflation.

De même, les mesures de portée générale comme les subventions aux carburants, quoique politiquement attrayantes, sont coûteuses, mal ciblées et difficiles à supprimer. Elles favorisent aussi une hausse de la consommation alors que l'offre est limitée, ce qui a pour effet de faire encore grimper les prix mondiaux.

Les chocs à court terme ne doivent pas faire oublier les grands enjeux. Le rétablissement de la résilience budgétaire requiert un assainissement crédible à moyen terme. Cela passe par des mesures concrètes et un calendrier réaliste, et non des objectifs lointains et mouvants. Il est impératif de s'attaquer de front aux tensions sur les dépenses, de réduire les sources d'inefficience et de concilier des besoins multiples et parfois contradictoires. Sur le front des recettes, élargir l'assiette fiscale, rationaliser les exonérations et renforcer l'administration fiscale peuvent permettre de mobiliser davantage de recettes, même dans des environnements contraints.

Les défis sont considérables, mais les instruments permettant de les relever existent. Des cadres budgétaires bien conçus, une transparence accrue et une communication claire concernant les arbitrages peuvent aider les pouvoirs publics à susciter le soutien public requis pour des réformes durables. Il sera primordial d'agir tôt et avec détermination pour préserver la stabilité dans un monde marqué par des chocs récurrents et une dette élevée.

- Ce billet de blog se base sur l'édition d'avril 2026 du Moniteur des finances publiques , « La politique budgétaire sous pression : endettement élevé, risques croissants ».

IMF - International Monetary Fund published this content on April 15, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on April 15, 2026 at 13:49 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]