03/12/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/12/2026 09:41
Lorsqu'Olivia Africa a obtenu son diplôme en gestion hôtelière, l'avenir qu'elle se représentait était fait d'hôtels, de service à la clientèle, et de stabilité. Puis la pandémie de COVID-19 est arrivée. Comme beaucoup de jeunes, Olivia a perdu son emploi. Ses candidatures restaient sans réponse et l'accès aux entretiens était limité par une condition familière : trois à cinq ans d'expérience. Elle avait obtenu son diplôme un an auparavant.
Au lieu de patienter, Olivia a exploré les opportunités en ligne. Elle a commencé à mener des recherches sur les importations du Rwanda et sur les biens qui pouvaient être fabriqués localement. Un produit a attiré son attention : les savonnettes. C'était loin de l'hôtellerie, mais c'était un début.
Son parcours, marqué par les tentatives, l'apprentissage et la persévérance, a été présenté lors de la Journée pour l'emploi des jeunes, un événement organisé par le ministère rwandais de la Fonction publique et du Travail (MIFOTRA) et le Groupe de la Banque mondiale avec pour objectif de débattre des priorités politiques et de favoriser des alliances en matière d'emploi des jeunes. L'événement a réuni un large éventail de représentants du gouvernement, du secteur privé, du monde universitaire, de la société civile et des partenaires de développement. Il s'est appuyé sur le travail en cours entre les deux institutions, notamment les échanges visant à lancer un projet pilote sur l'entrepreneuriat numérique, ainsi qu'une étude à venir sur l'emploi au Rwanda. Le témoignage d'Olivia a trouvé un écho, car il reflétait une réalité à laquelle de nombreux jeunes sont confrontés : la résilience est omniprésente, mais les opportunités restent inégales.
La suite de son projet n'a rien eu de facile. Pour passer de l'idée à la production, il a fallu se familiariser avec un secteur entièrement nouveau, comprendre sa réglementation, et obtenir le label de qualité requis pour entrer sur le marché. À un moment donné, les progrès ont stagné. Elle a alors participé à un concours entrepreneurial et remporté une petite récompense en espèces. Elle en a réinvesti le moindre franc.
Aujourd'hui, l'entreprise d'Olivia produit le savon Eva Bathing Soap. Il s'agit d'une compagnie manufacturière en pleine croissance qui emploie 10 salariés permanents, plus huit occasionnels, et approvisionne plus de 50 supermarchés à travers le pays. Avec un produit en vente et des projets d'expansion de la production et de la gamme, son parcours montre ce qu'il est possible de réaliser lorsque la résilience rencontre du soutien et des opportunités.
Au-delà d'une histoire personnelle : un impératif national
L'histoire d'Olivia est personnelle, mais elle reflète aussi un défi national.
Les progrès économiques réalisés par le Rwanda au cours de la dernière décennie sont évidents : croissance régulière, réformes cohérentes, objectifs ambitieux. Toutefois, dans ce pays où les jeunes constituent la majorité de la population, le véritable test consistera à déterminer si cette croissance génère des emplois, en particulier pour les nouveaux arrivants sur le marché du travail.
Une leçon se dessine de plus en plus clairement : ce n'est pas la croissance seule qui crée des emplois. Ceux-ci apparaissent lorsque la croissance est délibérément orientée dans ce sens.
Certains secteurs offrent un potentiel bien plus important que d'autres. L'agriculture et l'agroalimentaire, le logement et la construction, le tourisme et les services, l'industrie manufacturière à valeur ajoutée, l'économie créative et numérique peuvent absorber un grand nombre de jeunes travailleurs, à condition que les compétences, le financement et l'accès au marché soient alignés. Sans cet alignement, les opportunités restent hors de portée.
Pour de nombreux jeunes, qu'ils soient diplômés ou en décrochage scolaire, le fossé entre l'éducation et l'emploi reste béant. Les exigences en matière d'expérience excluent ceux qui n'ont pas eu la chance d'en acquérir. L'informalité domine dans les premiers emplois, et trop d'idées prometteuses sont bloquées dès les étapes initiales.
Connecter les systèmes pour plus d'impact
Si le Rwanda a mis en place des initiatives visant à combler ces lacunes, ces systèmes manquent souvent de coordination pour en assurer l'ampleur et l'impact. La formation professionnelle, le soutien aux entreprises, l'accès au financement et la protection sociale fonctionnent en parallèle plutôt que comme un parcours unique. Lorsque ces systèmes sont connectés, les résultats suivent. Lorsqu'ils ne le sont pas, les jeunes doivent gérer la transition tout seuls.
L'expérience régionale montre que les stratégies en faveur de l'emploi des jeunes sont couronnées de succès lorsqu'elles sont multidimensionnelles et correspondent aux réalités pratiques. L'apprentissage auprès d'employeurs privés, le soutien à l'entrepreneuriat combiné au mentorat, et la réduction des barrières à l'entrée via les plateformes numériques contribuent à combler le fossé entre potentiel et productivité.
La protection sociale joue un rôle essentiel, non comme une fin en soi, mais comme un tremplin. Lorsque les jeunes bénéficient d'un soutien pendant les périodes de transition, ils sont plus enclins à prendre des risques calculés, à créer des entreprises et à se lancer dans de nouveaux secteurs. C'est ainsi que les perturbations se transforment en opportunités.
Ce qui a fait toute la différence pour Olivia, c'est l'accès à la formation, un petit capital, et la confiance nécessaire pour prendre des risques. Elle n'est pas née fabricante de savon. Elle a appris en faisant, en s'adaptant et en persévérant. Son expérience met en évidence une vérité fondamentale : lorsqu'ils bénéficient d'un soutien adéquat, les jeunes n'ont pas peur de se lancer dans de nouveaux secteurs, et peuvent même exceller. Ce dont ils ont besoin, c'est d'un système qui réduise les risques, fournisse des conseils pratiques et reconnaisse le potentiel au-delà des années d'expérience.
Le Rwanda connait une croissance forte. Pour que cet élan se traduise par des créations d'emplois, il faut prendre des mesures audacieuses, associées à de la patience, de la persévérance et des partenariats. Si le pays y parvient, les histoires comme celle d'Olivia ne seront plus l'exception, mais la norme.
Et lorsque cela se produira, le progrès économique ne se mesurera plus seulement en chiffres, mais en vies transformées.
Cet article a été rédigé par Yoonyoung Cho, économiste senior à la Banque mondiale pour la région Afrique orientale et australe.