08/14/2026 | Press release | Archived content
Coupures d'Internet, blocage du site web d'Al Jazeera, arrestations de journalistes, restrictions de déplacement imposées aux reporters des médias étrangers, convocations en justice et pressions visant à contraindre une journaliste de télévision à quitter son poste : les atteintes à la liberté de la presse se multiplient de manière alarmante au Pakistan, notamment au Cachemire. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités à libérer les journalistes détenus et à mettre fin à cette offensive contre la presse.
La répression s'étend aussi au terrain de l'information. Au Cachemire sous administration pakistanaise, des manifestations de la société civile réclamant une réforme électorale ont été réprimées dans le sang et ont donné lieu à des arrestations massives. Dans le même temps, les autorités ont multiplié ces dernières semaines les mesures visant à restreindre la couverture de la région, où les élections à l'Assemblée législative se tiennent depuis le 27 juillet.
L'accès à Internet a été suspendu dans cet État à partir du 5 juin et n'a été rétabli que partiellement depuis. Le 2 août, le site web d'Al Jazeera a été bloqué, le Ministère de l'Information et de la Radiodiffusion l'accusant de "journalisme à sensation", à la suite de la couverture par la chaîne des événements au Cachemire. Le ministère fédéral de l'Information et de la Radiodiffusion a ensuite imposé, le 4 août, de nouvelles directives draconiennes, les "Directives de 2026 pour la facilitation du travail des médias étrangers" (Foreign Media Facilitation Guidelines, 2026), qui obligent les journalistes étrangers et pakistanais travaillant pour des médias étrangers, à obtenir un certificat de non-objection (NOC) pour couvrir l'actualité en dehors des villes d'Islamabad, de Lahore et de Karachi. Elles disposent également que les professionnels des médias peuvent se voir retirer leur accréditation pour des motifs vagues tels que des "actes contraires à l'idéologie, à la souveraineté, à la sécurité ou à l'ordre public du Pakistan".
La répression a également visé Razi Tahir et Muhammad Saif. Ces deux journalistes indépendants travaillant pour la chaîne YouTube The Independent Lens, sont détenus depuis le 1er août à Islamabad, après avoir couvert une manifestation dans la capitale, en soutien au mouvement de protestation au Cachemire. Razi Tahir avait déjà été arrêté le 23 juin en vertu de la loi sur la prévention des crimes électroniques (PECA), avant d'être remis en liberté sous caution le 8 juillet 2026. Cette loi controversée, amendée en 2025, expose les journalistes à des sanctions pénales fondées sur des notions vagues, telle que la diffusion de "fausses informations".
"Les autorités semblent avoir tout mis en œuvre pour imposer un véritable black-out informationnel sur le Cachemire sous administration pakistanaise. La coupure et les restrictions d'accès à Internet, la multiplication des arrestations et des restrictions d'accès pour les professionnels des médias ainsi que des poursuites au titre de la PECA révèle une détérioration dramatique de la liberté de la presse dans le pays. RSF appelle à la libération immédiate des journalistes détenus, au rétablissement complet d'Internet au Cachemire, au retrait des nouvelles restrictions visant les journalistes de médias étrangers, à la fin des poursuites judiciaires abusives et à la garantie du droit à l'information.
Au-delà du Cachemire, la législation est de plus en plus instrumentalisée pour réprimer les professionnels des médias. Le 29 juillet, l'Agence nationale d'enquête sur la cybercriminalité (NCCIA) a convoqué le journaliste indépendant Asad Ali Toor en vertu de l'article 26A de la PECA, qui sanctionne la diffusion de "fausses informations".
Des pressions émanant de certaines composantes de l'appareil d'État s'exercent également sur les rédactions. En juillet, la journaliste Munizae Jahangir, et vice-présidente de la Commission des droits de l'homme du Pakistan, a été contrainte de quitter Aaj TV après onze ans à la tête de son émission Spotlight. "Des pressions extérieures faisaient peser une forte tension sur la direction, a-t-elle déclaré à RSF, ajoutant que "la situation des journalistes n'a jamais été aussi grave" au Pakistan.
Le Pakistan occupe la 153e place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF.