RSF - Reporters sans frontières

09/03/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/04/2026 10:55

États-Unis : “Stars and Stripes est un média, pas un porte-voix du Pentagone”, fait valoir RSF devant le tribunal pour soutenir trois journalistes qui contestent leur licenciement

Reporters sans frontières (RSF) a déposé le 3 septembre un mémoire en qualité d'amicus curiae en soutien à trois journalistes chevronnés du média indépendant Stars and Stripes qui contestent la tentative du département de la Défense de les licencier. Ce mémoire fait valoir que les mesures prises par le Pentagone menacent l'indépendance éditoriale qui caractérise ce journal militaire depuis des générations. RSF exhorte le tribunal à reconnaître Stars and Stripes pour ce qu'il est : un organe de presse indépendant, spécialisé dans l'actualité de la communauté militaire américaine, et non un organe de communication du Pentagone.

Ce mémoire a été déposé devant le tribunal fédéral de première instance du district de Columbia en soutien au rédacteur en chef de Stars and Stripes, Erik Slavin, à la correspondante au Moyen-Orient, Lara Korte, et au directeur de la publication de longue date, Max Lederer. Cette démarche de RSF, représentée dans cette affaire par les avocats Jean-Paul Jassy et Matthew Schafer du cabinet Jassy Vick Carolan LLP, intervient dans le cadre d'une campagne de plus en plus intense menée par le département de la Défense américain, plus communément appelé le Pentagone du nom de son siège, pour exercer un contrôle accru sur le média et ses journalistes.

"Le Pentagone ne peut pas jouer sur les deux tableaux en affirmant que Stars and Stripes est un organe de presse indépendant, tout en sanctionnant ses journalistes pour avoir agi de manière indépendante. Les militaires américains et leurs familles font confiance aux productions de Stars and Stripes précisément parce qu'il s'agit de journalisme, et non de relations publiques du Pentagone. Si l'on autorise les responsables militaires à décider des sujets que les journalistes peuvent traiter et de ce qu'ils peuvent dire sur leur travail, cette indépendance perd tout son sens. RSF soutient ces journalistes car protéger Stars and Stripes revient à protéger le droit de la communauté militaire et du public américain à recevoir des informations à l'abri de toute ingérence gouvernementale.

Clayton Weimers
Directeur exécutif du bureau Amérique du Nord de RSF

Une bataille juridique pour l'indépendance éditoriale

Les trois journalistes ont intenté une action en justice le 27 août contre le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, le département de la Défense ainsi que deux de ses hauts responsables, après avoir reçu des avis de licenciement les accusant d'"insubordination" et d'autres infractions. Ils demandent des mesures injonctives provisoires, préliminaires et définitives afin d'empêcher leur licenciement, qu'ils considèrent comme des représailles à l'encontre d'une liberté d'expression protégée et comme une violation tant du Premier Amendement que des règlements du département de la Défense.

Bien qu'elle opère au sein du département de la Défense et soit en partie financée par celui-ci, la publication reste indépendante éditorialement et a pour objectif de fournir aux militaires et à leurs familles des informations précises plutôt que des communiqués militaires officiels. Stars and Stripes fonctionne selon un modèle de financement hybride : environ la moitié de ses ressources provient des crédits alloués par le Pentagone et l'autre moitié est générée par la publicité, les abonnements, les ventes de journaux et d'autres activités commerciales. La rédaction a toujours fonctionné derrière un "pare-feu éditorial" séparant le commandement militaire des décisions éditoriales. Les règles du département de la Défense protègent la capacité des journalistes à rendre compte de manière critique des activités du Pentagone sans censure ni ingérence, tandis qu'un médiateur indépendant recruté en dehors du département de la Défense assure la supervision et peut signaler au Congrès toute menace pesant sur l'indépendance éditoriale.

Le litige porte sur des propos tenus par Erik Slavin et Lara Korte le 5 juillet lors d'une émission d'actualité intitulée "Sunday Morning" diffusée sur la chaîne de télévision CBS News, au sujet de l'indépendance éditoriale du journal. Lorsqu'on leur a demandé ce qui constituerait une "ligne rouge", Erik Slavin a répondu que cette ligne serait franchie si le Pentagone ordonnait au journal de ne pas publier un article exact et de publier à la place un article fourni par le département de la Défense. Lara Korte a quant à elle déclaré qu'elle travaillait pour Stars and Stripes, "ni pour le Pentagone, ni pour aucune administration, ni pour aucun décideur politique". Le Pentagone a par la suite invoqué ces déclarations dans ses accusations d'"insubordination" portées contre les deux journalistes.

Le moment choisi pour cette mesure disciplinaire est également au cœur du procès, selon une déclaration que les trois journalistes ont transmise à RSF. Le 11 août, Stars and Stripes a publié une enquête sur le porte-avions américain USS Abraham Lincoln détaillant les pénuries de nourriture et d'eau, les perturbations du service postal, les longues heures de travail et la fatigue physique et mentale subies par les quelque 5 000 marins à bord.

Le lendemain, un haut responsable du Pentagone, Andrew Brey, a ordonné à Max Lederer de remettre des avis de licenciement aux deux journalistes en raison des commentaires qu'ils avaient formulés à la télévision plus de cinq semaines auparavant. Max Lederer a décidé d'annoncer son départ à la retraite plutôt que de participer à ces licenciements, mais il s'est vu remettre en conséquence un avis de licenciement avant que son départ à la retraite ne prenne effet.

"Notre objectif est de protéger le droit des militaires et de leurs familles à une presse libre et indépendante", ont déclaré les trois journalistes à RSF. "Stars and Stripes est à leur service depuis des générations, et cette indépendance est essentielle pour que les communautés militaires soient pleinement et correctement informées. Cette action en justice vise à préserver cette mission et à garantir que nos journalistes civils et militaires puissent faire leur travail sans faire l'objet de représailles."

Le Pentagone resserre son emprise sur Stars and Stripes

Ces licenciements sont les derniers d'une série de mesures prises cette année par le Pentagone qui ont progressivement érodé les garanties institutionnelles dont bénéficiait Stars and Stripes. Le 15 janvier, le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, a annoncé que le département ramènerait la publication à ce qu'il a qualifié comme sa mission initiale : "informer nos combattants", tout en éliminant ce qu'il a décrit comme des "distractions woke" sans donner d'exemples concrets. Le même jour, le Pentagone aurait abrogé des règlements de longue date qui protégeaient l'indépendance éditoriale de la publication, sans préavis ni possibilité de consultation publique.

Le 9 mars, le secrétaire adjoint à la Défense, Stephen Feinberg, a publié un mémorandum de "modernisation" imposant de nouvelles restrictions de grande envergure. Ce document interdisait les contenus achetés à des fins commerciales, y compris les caricatures, limitait la publication de certaines informations non classifiées et interdisait les contenus jugés incompatibles avec le "bon ordre et la discipline" de l'armée. Il a également placé le média dans l'obligation de rendre des comptes devant la direction du département en matière de budget, de performance et de "modernisation stratégique", tout en affirmant que ses activités éditoriales resteraient indépendantes de la chaîne de commandement militaire. Lorsque la médiatrice de la publication, Jacqueline Smith, a critiqué publiquement ces mesures, le Pentagone l'a licenciée en avril. Son licenciement fait l'objet d'un procès distinct.

Stars and Stripes informe la communauté militaire américaine depuis plus de 160 ans. À l'origine, il s'agissait d'un journal produit par les soldats de l'Union pendant la guerre de Sécession, puis relancé sous l'égide du général John J. Pershing à l'intention des forces américaines pendant la Première Guerre mondiale. Le journal est publié sans interruption depuis 1942.

Lire l'intégralité du mémoire d'amicus curiae ci-dessous.

Publié le 03.09.2026

Related document

RSF - Reporters sans frontières published this content on September 03, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on September 04, 2026 at 16:55 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]