RSF - Reporters sans frontières

07/17/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/17/2026 10:16

Condamnations de Haythem El Mekki, Zied El Heni et Khaoula Boukrim : symboles de l’instrumentalisation des poursuites judiciaires contre les journalistes qui se poursuit en Tunisie

Ce 15 juillet 2026, le journaliste et chroniqueur Haythem El Mekki a été condamné à un an de prison pour une publication dénonçant les conditions d'une morgue au sein d'un hôpital. Après celles des journalistes Zied El Heni et Khaoula Boukrim, cette nouvelle condamnation illustre l'instrumentalisation des procédures judiciaires par les autorités tunisiennes contre les professionnels de l'information. Reporters sans frontières (RSF) dénonce, à nouveau, cette escalade répressive et appelle à mettre fin à la criminalisation du journalisme.

"Ces trois condamnations, prononcées en l'espace de quelques semaines, montrent que le cadre judiciaire tunisien continue d'être mobilisé contre des journalistes pour des faits directement liés à leur travail d'information. RSF appelle les autorités tunisiennes à annuler ces condamnations et à mettre fin à l'instrumentalisation de textes de loi comme le décret-loi 54 ou le Code des télécommunications contre la presse.

Oussama Bouagila
Directeur du bureau RSF Afrique du nord

En l'espace de deux mois, trois journalistes ont été condamnés pour des publications et prises de parole relevant de leur travail d'information. Cela illustre le recours croissant des autorités tunisiennes à des textes répressifs pour museler la presse.

Ce mercredi 15 juillet, la cour d'appel de Sfax, dans le sud-est du pays a condamné le journaliste satirique et chroniqueur, notamment pour le média indépendant Rachma et auparavant au sein de l'émission Midi Show sur Mosaïque FM, Haythem El Mekki, à un an de prison ferme, infirmant un non-lieu prononcé en première instance, après un post sur les réseaux sociaux dénonçant des dysfonctionnements documentés au CHU Habib Bourguiba de Sfax. Initialement poursuivi sur la base du décret-loi n°54, il a finalement été condamné en vertu de l'article 86 du Code des télécommunications, un texte hérité de l'ère Ben Ali qui condamne toute personne "portant atteinte" à autrui en utilisant les "réseaux publics ou de télécommunication", un texte dénoncé pour son atteinte à la liberté d'expression.

Moins d'un mois auparavant, le 26 juin, la cour d'appel de Tunis a confirmé la peine d'un an de prison infligée au journaliste indépendant Zied El Heni pour avoir critiqué dans un séminaire scientifique réunissant des juristes, auquel il assistait en qualité de journaliste, puis dans une publication sur facebook, des décisions judiciaires visant son confrère Khalifa Guesmi ; il est également poursuivi dans deux affaires : l'une fondée sur la législation antiterroriste, que sa défense rattache à son activité journalistique ; l'autre, pour des accusations d'abus de pouvoir liées à ses anciennes fonctions à la tête du conseil municipal de Carthage.

La journaliste Khaoula Boukrim, fondatrice du média en ligne TuMedia exilée à Paris depuis décembre 2025, a appris sa condamnation par contumace à quatre ans de prison, le 9 juin dernier, dans deux affaires engagées sur la base du décret-loi n°54, sans qu'elle ni son avocat n'aient été informés de la procédure. La journaliste a également subi une campagne de diffamation en ligne à cause de son traitement de l'actualité politique du pays.

Ces condamnations s'inscrivent dans un contexte de répression plus large de la liberté de la presse depuis la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed en juillet 2021. Déjà en 2024, les journalistes Mourad Zeghidiet Borhen Bsaies, de Radio IFM, avaient été condamnés à un an de prison pour leurs commentaires d'actualité politique avant d'écoper de trois ans et demi supplémentaires de prison sur la base de la législation antiterroriste.

Ces législations antiterroristes, aux contours souvent flous, sont de plus en plus utilisés, à l'échelle internationale pour criminaliser le journalisme comme le documente le récent rapport de RSF : Quand la sécurité nationale devient une arme contre le journalisme.

La Tunisie occupe la 137e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026.

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Publié le 17.07.2026
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