01/17/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/17/2026 16:44
Le 17 janvier 2026 inaugure un tournant décisif pour la Polynésie française. L'accord sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales (BBNJ) entre en vigueur et dote enfin la communauté internationale d'un cadre juridique opérationnel pour protéger la haute mer, cet espace commun débutant là où finissent nos zones économiques exclusives (ZEE). Adopté le 19 juin 2023 sous l'égide des Nations Unies, le texte a franchi en septembre 2025 le seuil des 60 ratifications nécessaires, porté par la dynamique de l'UNOC en juin dernier, ce qui déclenche aujourd'hui son application.
Au-delà de la victoire diplomatique, cet accord consacre pour Mā'ohi Nui - Polynésie française la reconnaissance de son statut de Grand État Océanique. Peuple de la mer, la Polynésie française n'a jamais conçu l'Océan comme une étendue vide séparant les terres, mais comme Moana Nui a Hiva, le tissu connectif qui l'unit et la définit. Ce traité offre désormais à la Polynésie française les moyens d'agir au-delà de ses frontières administratives et prolonge son devoir de gardiens, lui permettant d'assumer pleinement son rôle de sentinelle planétaire.
Briser les frontières artificielles pour protéger le vivant
Dans le Pacifique, nul besoin d'aller dans l'espace pour constater l'artificialité des frontières. Les espèces migratrices - thons, tortues, baleines, raies ou oiseaux pélagiques - suivent des routes ancestrales sans se soucier des lignes tracées sur les cartes. De même, les flux marins qui oxygènent nos lagons et régulent le climat mondial ne s'arrêtent pas à la limite légale des 200 milles nautiques bordant la zone économique exclusive de la Polynésie française (ZEE) de près de 5 millions de km², une surface aussi vaste que l'Europe.
Cette perméabilité s'applique malheureusement aux menaces. Les pressions de pêche se déplacent, les pollutions se diffusent et les déséquilibres écologiques se propagent pour venir frapper les lagons, lrs pêcheries, la santé et la sécurité alimentaire du territoire. Ce qui se joue aux portes du Fenua conditionne directement l'abondance et la résilience du vivant jusqu'au cœur de nos archipels.
En autorisant la création d'Aires Marines Protégées (AMP) en haute mer, le traité BBNJ arme enfin les pays océaniens pour protéger, ensemble, des millions de km² jusque-là exposés à la surpêche et aux appétits industriels.
Un outil concret au service de notre vision
L'Accord BBNJ structure une gouvernance plus efficace et équitable de la haute mer en activant quatre leviers majeurs :
1) Il garantit d'abord un partage juste des bénéfices issus des ressources génétiques marines pour éviter l'accaparement des savoirs et favoriser une science utile aux peuples de l'Océan.
2) Il permet ensuite la sanctuarisation des espaces vitaux via la création d'outils de gestion, dont les AMP en haute mer, basées sur les meilleures données scientifiques et les connexions écologiques.
3) Il impose par ailleurs l'encadrement de toute activité industrielle au large par des évaluations systématiques d'impact environnemental afin de prévenir les dommages irréversibles.
4) Enfin, il assure le renforcement des capacités, le transfert de technologies et la mobilisation de financements dédiés pour donner aux pays océaniens les moyens concrets de surveiller et d'agir.
Une stratégie régionale pour tisser le Continent Bleu
Ce traité offre à Mā'ohi Nui - Polynésie française l'opportunité unique de bâtir des corridors écologiques avec ses voisins du Pacifique. Elle forme ainsi un réseau solidaire de Grands États Océaniques que le traité BBNJ vient renforcer, loin de l'image de petits territoires isolés. En cohérence avec sa stratégie d'AMP, trois zones prioritaires de haute mer d'intérêt stratégique se dessinent pour étendre la souveraineté bleue du Pays :
Protéger la haute mer revient à défendre le climat. Un océan vivant et riche en biodiversité capte le carbone, structure les grands courants et stabilise les services écosystémiques dont dépend l'équilibre planétaire. Rappelons que l'Océan produit plus de 50 % de l'oxygène que nous respirons et absorbe près de 30 % des émissions anthropiques de CO2. En restaurant ces écosystèmes, la Polynésie française offre un service inestimable à l'Humanité toute entière.
L'avenir économique du Pays s'inscrit dans cette vision. BBNJ permet de sortir des modèles extractifs hérités du passé pour embrasser une économie de la régénération. La valorisation de la connaissance scientifique et des savoirs ancestraux, les partenariats régionaux, le juste partage des bénéfices et la reconnaissance des services rendus à la planète par la préservation de l'Océan - Bien Commun primordial - constituent les piliers d'un développement durable, aligné avec les valeurs océaniennes.
Une mobilisation collective dès 2026
La mise en œuvre de BBNJ exige une mobilisation rapide. Mā'ohi Nui - Polynésie française réaffirme sa volonté de contribuer, dès l'amont, aux travaux portés par la France au sein des instances du traité et de participer activement à l'identification des zones prioritaires, en cohérence avec notre stratégie d'AMP et nos engagements pour un Pacifique Bleu.
Des rencontres se tiendront au Fenua pour partager les enjeux de cet accord et permettre à chacune et chacun d'en mesurer la portée : protéger au large, c'est protéger ici.
Déclaration du Président Moetai BROTHERSON
« En juin 2025, lors de l'UNOC à Nice, nous avons montré la voie au monde entier en faisant reconnaître Tainui Ātea comme la plus grande aire marine protégée du monde.
L'entrée en vigueur du traité BBNJ constitue une étape historique. Pour Mā'ohi Nui - Polynésie française, ce texte représente un levier concret pour étendre une protection cohérente de nos espaces maritimes, du lagon à la haute mer, et renforcer une souveraineté bleue ancrée à la fois dans notre culture océanienne millénaire et dans la science.
Il nous permet de resserrer les liens avec nos frères et sœurs du Pacifique par-delà les frontières héritées de l'histoire. Nous prouvons au monde que notre souveraineté ne réside pas dans ce que nous prenons à l'Océan, mais dans la protection et le respect que nous lui offrons.
En garantissant la santé de la haute mer, nous assurons la survie de notre climat et la prospérité de nos enfants. Mā'ohi Nui se tient debout, au centre de Moana Nui a Hiva, prêt à assumer sa part de responsabilité dans la gouvernance mondiale. »