RSF - Reporters sans frontières

04/30/2026 | Press release | Archived content

Face à la criminalisation du journalisme, une protection juridique renforcée et des politiques pénales ambitieuses

La criminalisation du journalisme constitue aujourd'hui l'une des menaces les plus sérieuses pour les démocraties selon le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de Reporters sans frontières (RSF). À la censure directe et aux violences physiques, vient s'ajouter l'usage détourné du droit. À travers des incriminations instrumentalisées et des procédures judiciaires abusives, l'espace de la liberté de la presse se réduit. L'enjeu est désormais clair : les États, en particulier les démocraties, doivent faire de la protection des journalistes une priorité politique et pénale, du national à l'international.

"La criminalisation du journalisme ne résulte pas, à l'échelle mondiale, d'un vide juridique, mais du détournement des outils existants et, le plus souvent, d'un défaut de volonté politique de le protéger. Si le droit international, attaqué de toutes parts, a perdu une partie de sa capacité protectrice, il conserve néanmoins un potentiel important. La clé réside désormais dans l'action des États, en particulier des démocraties, qui doivent faire de la protection des journalistes une priorité politique et pénale. À défaut, l'impunité et la loi du plus fort continueront de prospérer - entraînant avec elles l'érosion de la liberté de la presse et du droit à l'information. Des leviers d'action existent, ils supposent le déploiement de politiques publiques volontaristes destinées à renforcer un environnement favorable au journalisme, ainsi que de politiques pénales offensives permettant d'enquêter sur les crimes commis contre les journalistes et d'en poursuivre les auteurs.

Antoine Bernard
Directeur du plaidoyer et de l'assistance de RSF

Face à la criminalisation du journalisme révélée par le nouveau Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF, plusieurs leviers d'action sont identifiés dont les États démocratiques doivent s'emparer :

  1. des poursuites pénales efficaces en droit national ;
  2. des sanctions individuelles contre ceux qui persécutent les journalistes ;
  3. des contentieux stratégiques redonnant de la substance à la liberté de la presse et au droit à l'information.

Cela commence notamment par la lutte contre les procédures-bâillons (ou SLAPP, Strategic Lawsuits Against Public Participation) qui visent à épuiser financièrement et psychologiquement les journalistes. Les moyens de prévention de telles procédures sont connus et préconisés par exemple par le Conseil de l'Europe. Ils passent par :

  • l'adoption de législations applicables aux procédures abusives, y compris en matière pénale (par exemple, les plaintes abusives en diffamation relevant du pénal) ;
  • des mécanismes de rejet rapide des plaintes qualifiables d'abusives ;
  • la sanction des auteurs de telles procédures indues.

Autre priorité, le renforcement des mécanismes nationaux de protection. Souvent dépourvus d'indépendance, de budget adéquat et de pouvoirs d'enquête, ainsi que mal coordonnés avec la justice, ils peinent à répondre aux attaques contre les journalistes et aux violations de leurs droits, a fortiori lorsqu'elles sont systématiques, ce que RSF a pu constater en Amérique centrale. Il s'agit dès lors de renforcer ces mécanismes :

  • en garantissant leur indépendance statutaire, financière et fonctionnelle ;
  • en leur conférant des pouvoirs d'enquête et de sanction administrative ou encore la faculté de saisir les autorités judiciaires ;
  • en les faisant rapporter annuellement sur leur activité devant le parlement.

Sur le plan pénal, l'enjeu est tout aussi crucial : près de 90 % des crimes commis contre des journalistes restent impunis. Cette situation reflète autant un déficit de volonté politique que l'absence de stratégies pénales dédiées, y compris dans des États démocratiques. Il s'agit dès lors d'adopter des politiques pénales :

Certaines initiatives montrent qu'une évolution est possible, parmi lesquelles : `

  • les 127 enquêtes préliminaires ouvertes par la justice ukrainienne à date de février 2026, depuis février 2022, sur des crimes internationaux visant des journalistes en Ukraine ;
  • la qualification récente, par la justice française et la Cour pénale internationale (CPI), de crimes commis contre des journalistes en Syrie et au Bélarus comme des crimes contre l'humanité de persécution en raison de leur activité journalistique ;
  • l'attention portée pour la première fois, en avril 2026, aux crimes internationaux commis contre les journalistes par le "Réseau Génocide" des procureurs de 34 États dans le cadre d'Eurojust, l'Agence de l'Union européenne pour la coopération judiciaire en matière pénale.
Publié le 30.04.2026
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