07/27/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/27/2026 06:31
*** Deze toespraak is uitgesproken op 27 juli 2026. Enkel het gesproken woord telt.***
Mesdames et Messieurs,
C'est un véritable honneur pour moi d'être parmi vous aujourd'hui.
Permettez-moi toutefois d'aborder d'emblée l'éléphant dans la pièce : je ne suis pas agriculteur et je ne viens pas d'une famille d'agriculteurs.
Je suis pourtant bien d'autres choses.
Je suis historien - je peux vous parler de l'Antiquité classique ou de l'histoire des Pays-Bas au temps des Habsbourg.
Et je m'y connais un peu dans l'art de faire de la politique.
Mais, du métier d'agriculteur, je ne connais pas grand-chose.
Mon expérience la plus proche avec un cheval de trait consiste à avoir lu un livre sur ce sujet.
Mais vous êtes tous des personnes sensées, et je suis sûr que personne ici ne m'en tiendra rigueur.
Je mesure toutefois parfaitement l'impression que cela peut donner : un Anversois qui « descend » à Libramont pour parler « vie agricole ».
C'est à peu près aussi convaincant qu'un homme politique qui vous assure qu'il tiendra toutes ses promesses.
Pour ma part, c'est vraiment avec un immense plaisir que je me tiens devant vous.
Car cette Foire agricole, forestière et agroalimentaire de Libramont - quel intitulé ! - fête son centenaire.
Cela a donc éveillé ma curiosité.
Car c'est l'occasion de se replonger dans l'histoire, et je ne saurais m'en empêcher.
D'autant plus si ce retour en arrière nous enseigne quelque chose sur les grands défis auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui.
*
Mesdames et Messieurs,
Lorsque le cheval de trait belge fut standardisé en 1886, le cheval ardennais, un peu plus petit, se retrouva juste en dehors de la norme.
À cette époque, de nombreux pays imposaient des standards de race sans toujours tenir compte des spécificités régionales.
Mais, dans les fières Ardennes, on n'entendait pas se laisser faire.
Les chasseurs ardennais ont même élevé cette attitude au rang de devise : « Résiste et mords ! »
En 1926, plusieurs éleveurs décidèrent donc d'offrir au cheval de trait ardennais une véritable vitrine, ici même à Libramont.
De ce rassemblement modeste mais déterminé, il y a cent ans, est née la plus grande foire agricole de plein air d'Europe.
Le cheval de trait - et donc aussi le cheval de trait ardennais - méritait pleinement cette reconnaissance.
L'une des plus anciennes races de travail, qui a porté pendant des siècles la charge et la peine des hommes avec une fidélité exemplaire, possède une histoire glorieuse.
Cet animal transporta les chevaliers en armure pendant les croisades.
Il achemina les approvisionnements de l'armée de Napoléon jusqu'au fin fond de la Russie.
Et c'est sans difficulté qu'il quitta les champs de bataille pour rejoindre les champs cultivés, afin de labourer nos terres.
Il descendit dans nos mines et tracta le bois de nos forêts pour chauffer nos foyers.
Guerre, agriculture, exploitation minière, gestion forestière : il n'est guère de travail pénible dans notre histoire que le cheval de trait n'ait accompli.
*
Il l'a fait avec une puissance qui force aujourd'hui encore l'admiration.
Un cheval de trait développe une puissance d'un cheval-vapeur - cela paraît assez logique.
Mais, sur un effort bref, il est capable de fournir jusqu'à quinze chevaux-vapeur.
Pour ma part, j'ai déjà parfois du mal à faire avancer un seul dossier, tandis que cet animal déploie quinze fois sa puissance … et ça, sans jamais se plaindre.
Et, de surcroît, il ne fait jamais de sorties dans la presse et ne revient jamais sur les accords.
Le cheval de trait n'a cessé de se réinventer.
Il était puissant, bien sûr, mais aussi remarquablement polyvalent.
Pendant la Première Guerre mondiale, notre pays comptait quelque 260 000 chevaux de travail.
Leur importance n'a fait que croître avec les progrès de l'agriculture et le développement industriel.
Pendant l'entre-deux-guerres, les tracteurs étaient encore une denrée rare.
Mais tout changea après la Seconde Guerre mondiale.
Le Plan Marshall permit à notre agriculture de se moderniser à grande vitesse.
L'Europe eut accès à l'industrie américaine, entraînant une mécanisation massive de notre économie.
Une nouvelle génération de tracteurs, équipés de pneus en caoutchouc plutôt que de chenilles, prit le relais.
Vers 1970, le rôle économique du cheval de trait était révolu.
Aujourd'hui, certains tracteurs atteignent près de 700 chevaux-vapeur, soit plus de quarante-cinq fois la puissance maximale qu'un cheval de trait peut fournir lors d'un effort intense.
Mais le cheval de trait n'a pas disparu pour autant.
Au moment même où il perdait sa fonction de force de travail, il se trouva une nouvelle vocation.
Autrefois indispensable par nécessité, il est désormais chéri comme un patrimoine vivant. Une fois encore, il s'est réinventé.
*
Mesdames et Messieurs,
À l'image du cheval de trait, la Foire de Libramont s'est également réinventée au cours du siècle écoulé.
Ce qui n'était au départ qu'un marché aux chevaux, avec des prix décernés aux chevaux de trait ardennais, ouvre aujourd'hui une fenêtre sur l'avenir.
Machines et robotique, innovations dans les technologies alimentaires, importance de la durabilité, investissements dans l'enseignement et la recherche : tels sont désormais les fils conducteurs de cette foire.
Et, ce faisant, Libramont balaie d'un seul coup tous les préjugés que des citadins comme moi pourraient encore nourrir à l'égard de l'agriculture.
Notre agriculture n'appartient pas au passé.
Ce n'est pas un secteur que l'on contemple avec une tendre nostalgie, comme on admire un magnifique cheval de trait.
Notre agriculture est un moteur de croissance économique.
C'est l'innovation agricole qui, il y a près de deux cent cinquante ans, a mis en mouvement la révolution industrielle.
En produisant davantage de nourriture avec moins de bras, elle a libéré de la main-d'œuvre pour les usines et les services.
L'agriculture fut le premier moteur de notre prospérité, et nous ne devons jamais l'oublier.
Et ce que l'agriculture a apporté à l'industrie, l'industrie le lui a rendu.
Je pense à la mécanisation, aux progrès de la chimie qui ont amélioré la fertilisation de nos sols et la protection de nos cultures, aux techniques de réfrigération, ainsi qu'à l'agriculture de précision fondée sur les technologies numériques.
Il y a peu, j'ai enregistré un petit message vidéo en prévision d'un événement organisé par la Raffinerie Tirlemontoise, qui possède notamment des usines à Tirlemont et à Wanze, dans la province de Liège.
C'est ainsi que j'ai appris qu'à la fin du XIXᵉ siècle, la culture de la betterave sucrière était un travail extrêmement pénible.
En effet, les agriculteurs souffraient de terribles maux de dos car ils parcouraient, chaque jour, pliés en deux sous un temps d'automne maussade, des dizaines de kilomètres pour arracher les lourdes betteraves.
Aujourd'hui, cette culture est presque entièrement mécanisée.
Dans les années 1960, les agriculteurs eurent accès à des grues hydrauliques pour charger les betteraves sur les camions.
Ce fut un progrès extraordinaire, tant pour la qualité de vie que pour le niveau de prospérité.
*
Agriculture et industrie avancent donc main dans la main.
Elles se renforcent mutuellement, encore et toujours.
Cette foire, née autour d'un cheval de trait et aujourd'hui vitrine des technologies les plus avancées, en est la meilleure démonstration.
Le progrès n'est jamais l'œuvre d'un seul secteur économique.
Il résulte d'une interaction complexe entre des secteurs étroitement liés les uns aux autres.
Et, dans cette dynamique, le moteur de notre agriculture tourne toujours à plein régime.
Aujourd'hui, à peine un pour cent de notre population active travaille encore dans l'agriculture.
Mais l'industrie alimentaire qui en découle constitue le premier secteur industriel du pays.
Elle représente un chiffre d'affaires de 85 milliards d'euros, plus de cent mille emplois directs et plus de 42 milliards d'euros d'exportations.
Et nous n'exportons pas seulement en quantité.
Nous exportons aussi des produits d'une qualité exceptionnelle.
Car, s'il est une chose dont nous pouvons être sûrs - et fiers -, c'est bien que le reste du monde raffole de nos produits.
Demandez à un étranger ce qui lui vient à l'esprit lorsqu'il pense à la Belgique : il vous répondra le chocolat, les frites ou la bière.
Autant de produits emblématiques issus d'un seul et même secteur.
Le slogan du secteur, « Small country, great food », n'a d'ailleurs pas été choisi par hasard.
Notre pays est celui de l'art de vivre, de la tradition bourguignonne.
Nous figurons parmi les meilleurs du classement mondial s'agissant du nombre d'étoiles Michelin par habitant, largement devant des pays pourtant bien plus vastes - la France, pour ne pas la citer.
Un tel palmarès n'est possible que grâce à notre solide culture gastronomique, qui s'exprime aussi bien dans les brasseries traditionnelles que dans des pop-ups qui surfent sur la vague.
Et cette réussite ne trouve pas seulement sa source dans les cuisines.
Elle naît dans nos champs.
Derrière chaque assiette d'exception se cachent des agriculteurs qui en produisent les ingrédients.
Les grands chefs reçoivent des étoiles, mais ils les partagent sans aucun doute avec les producteurs, les éleveurs et les maraîchers qui rendent tout cela possible.
Notre agriculture est donc l'un des piliers les plus précieux de notre puissance économique et de notre riche patrimoine culturel.
*
Mesdames et Messieurs,
Avant que vous ne pensiez que je me suis converti à l'optimisme, permettez-moi d'apporter une sérieuse nuance à ce beau récit.
L'Europe navigue en eaux troubles.
Nous sommes confrontés à des défis fondamentaux qui mettent à mal notre résilience économique, notre position commerciale dans le monde et notre compétitivité.
Dans ce contexte géopolitique incertain, nous devons redoubler d'efforts et maintenir le cap pour préserver notre sécurité, notre prospérité et notre qualité de vie.
La bonne nouvelle, c'est que les mentalités évoluent.
Un vent de changement souffle en Europe.
Mais cela ne va pas assez vite.
Et nous le ressentons.
Notre agriculture et notre industrie agroalimentaire le ressentent également.
Les chiffres restent solides, mais ce n'est peut-être que le calme avant la tempête.
En cette période houleuse, le coût élevé du travail constitue en outre un handicap.
Ce gouvernement fédéral agit : une réduction des charges salariales de plusieurs milliards d'euros est prévue, avec une attention particulière pour les bas et moyens salaires, afin que le travail soit davantage récompensé.
Et les résultats sont là.
Le handicap salarial par rapport à nos pays voisins est en partie résorbé.
Nous ne serons par contre jamais le pays avec les charges salariales les plus basses.
Telle n'est d'ailleurs pas notre ambition.
Pour stimuler la croissance économique et consolider notre compétitivité, nous devons avant tout rester le pays le plus productif.
Pour cela, nous avons besoin d'entreprises qui investissent dans la technologie, l'innovation et le savoir-faire.
La croissance économique ne tombe pas du ciel : elle exige travail et audace.
Pour le secteur agricole, cela implique à mes yeux de renforcer davantage encore l'agriculteur dans son rôle principal actuel : celui d'entrepreneur.
Moins de charges administratives, plus de sécurité juridique et plus de perspectives d'innovation.
C'est également la ligne que nous défendons au niveau européen.
L'Europe a toujours excellé dans la création de réglementation.
Dans les années à venir, elle devra surtout s'attacher à créer les conditions d'une concurrence plus équitable et plus dynamique.
Et, sur cette voie, l'innovation est la clé.
Tous ces atouts sont entre nos mains.
Notre agriculture est l'une des plus innovantes au monde.
C'est le fruit de notre histoire, précisément parce que l'agriculture y est plus exigeante qu'ailleurs.
En Flandre, en raison de la petite taille des parcelles, de la forte densité de population et de l'urbanisation.
En Wallonie, en raison de l'importance des forêts et des caractéristiques du relief.
Ces contraintes ont donné naissance aux meilleures technologies d'élevage, à des formations agricoles de niveau mondial et à des agriculteurs qui expérimentent les innovations les plus récentes, allant des techniques de précision à la génétique.
Produire plus avec moins d'énergie, moins de lourdeurs administratives et plus de sécurité : telle est notre ambition.
Ce n'est pas un luxe, mais une nécessité absolue.
Car un pays qui ne produit plus, est sur le déclin.
Dans un monde où nous voulons être plus indépendants, l'agriculture et l'industrie agroalimentaire sont aussi des secteurs stratégiques.
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Mesdames et Messieurs,
Cette année, la Foire a choisi un très beau slogan : « Cultive ton flow ».
Trouve ta voie.
Trouve la direction que tu veux prendre.
Ce slogan résonne plus que jamais, car trop peu de jeunes choisissent aujourd'hui de devenir agriculteurs.
Des marges trop faibles et une pression réglementaire trop forte les en dissuadent.
Et aujourd'hui, lorsqu'on quitte le métier d'agriculteur, on n'y revient jamais.
« Cultive ton flow » est donc un message clair adressé à la jeunesse.
Mais je le comprends aussi comme un message que vous adressez tous au monde politique.
À moi.
Car on ne peut cultiver ce « flow » que si les conditions sont réunies pour s'y engager.
Si chacun est convaincu que l'agriculture n'est pas seulement rentable en Belgique, mais qu'elle offre aussi la possibilité d'y construire un avenir.
C'est une mission que j'assume pleinement et pour laquelle je prendrai toutes mes responsabilités.
Pour veiller à l'avenir de notre agriculture. De notre industrie agroalimentaire.
À la différence du cheval de trait, nos champs ne doivent jamais être réduits à un patrimoine du passé.
Je sais que je peux compter sur chacun d'entre vous pour y parvenir.
*
Permettez-moi, pour conclure, d'adresser quelques mots de remerciement.
Aux agriculteurs, aux maraîchers, aux horticulteurs, aux éleveurs et à toutes celles et ceux qui font vivre notre agriculture.
Aux familles qui, génération après génération, continuent de cultiver la terre.
Et aux organisateurs ainsi qu'aux nombreux bénévoles qui font, chaque année, de la Foire de Libramont une véritable fête.
Félicitations, Libramont. Et en route pour un nouveau siècle !