04/02/2026 | Press release | Archived content
La liberté de la presse est en déclin au Kosovo depuis 2023, sous l'effet de pressions politiques sur les médias publics, d'évolutions législatives préoccupantes et d'attaques verbales de responsables politiques contre les journalistes. Face à cette situation, Reporters sans frontières (RSF) et ses partenaires ont demandé au Premier ministre du Kosovo de mettre en place un groupe de travail chargé de traiter les problèmes de liberté de la presse et de préparer la mise en œuvre le Règlement européen sur la liberté des médias (EMFA), alors que le pays cherche à rejoindre l'Union européenne (UE).
Après avoir rencontré des dizaines de journalistes et de médias au Kosovo le 24 mars, les organisations partenaires de la Plateforme du Conseil de l'Europe pour la sécurité des journalistes - dont RSF - ont échangé avec le Premier ministre Albin Kurti et ses conseillers sur la situation de la liberté de la presse. Bien que le Kosovo dispose d'un paysage médiatique diversifié, d'un faible niveau de violence physique contre les journalistes et d'un cadre législatif généralement aligné sur les normes européennes et internationales, plusieurs standards ont été affaiblis par le parti au pouvoir, Vetëvendosje.
Le Kosovo occupe la 99e place dans le Classement mondial de la liberté de la presse2025 de RSF.
"Nous avons besoin d'un signal fort du gouvernement en faveur d'un paysage médiatique libre, indépendant et diversifié. La mise en place d'un groupe de travail dédié - composé d'acteurs locaux et s'appuyant sur les meilleures pratiques internationales - constituerait une première étape. Le Règlement européen sur la liberté des médias (EMFA), que le Kosovo devra appliquer en tant qu'État candidat à l'UE, répond aux principaux problèmes du pays : manque d'indépendance du diffuseur public, faibles protections des sources journalistiques et transparence insuffisante sur la propriété et le financement des médias. Ceci est un appel à une action immédiate.
Déclaration conjointe: Les organisations internationales exhortent le gouvernement du Kosovo à enrayer le déclin de la liberté de la presse
Depuis 2023, la situation s'est détériorée à la suite d'une série d'évolutions négatives, ce qui appelle une action politique immédiate de la part du gouvernement, conclut une mission internationale sur la liberté des médias.
À la suite d'une visite de deux jours à Pristina, une coalition d'organisations partenaires de la Plateforme du Conseil de l'Europe pour la sécurité des journalistes a constaté qu'une période de stabilité a laissé place, des trois dernières années, à une dégradation de la liberté de la presse dans ce pays candidat à l'adhésion de l'Union européenne. Bien que le Kosovo dispose d'un paysage médiatique diversifié, d'un faible niveau de violence physique contre les journalistes et d'un cadre législatif généralement aligné sur les normes européennes et internationales, plusieurs standards de liberté des médias ont été affaiblis par le parti au pouvoir, Vetëvendosje.
L'adoption par le Parlement d'une loi sur les médias - ultérieurement jugée inconstitutionnelle - qui aurait accru le contrôle politique sur la Commission indépendante des médias (IMC), le sous-financement et la pression politique visant la Radio-télévision du Kosovo(RTK), ainsi que l'augmentation continue des attaques verbales et des campagnes de dénigrement des journalistes par des responsables du parti au pouvoir, constituent les principaux facteurs à l'origine de cette évaluation.
Ces évolutions ont mis à mal la trajectoire positive du Kosovo en matière de liberté de la presse et de développement des médias depuis son indépendance. Elles ont terni son statut de leader régional dans le processus d'adhésion à l'Union européenne.
Concernant le climat de sécurité des journalistes au Kosovo, les acteurs des médias ont globalement exprimé leur confiance dans la réponse récente du parquet, tandis que la délégation a salué l'amélioration du traitement des affaires par les tribunaux. La stratégie récemment adoptée du Conseil judiciaire du Kosovo (KCJ) pour l'Amélioration de l'accès à la justice 2026-2028, qui donne la priorité aux affaires liées à la sécurité des journalistes, à la diffamation et aux procédures-bâillons (SLAPP), a été saluée et semble déjà produire des effets, plusieurs affaires ayant été rapidement jugées. Cette stratégie du KCJ a également été saluée par la Coalition contre les SLAPP en Europe. Après un pic en 2023, le nombre d'attaques physiques contre les journalistes est revenu à des niveaux antérieurs, plusieurs affaires récentes ayant abouti à des condamnations.
En revanche, le nombre de cas documentés par l'Association des journalistes du Kosovo (AJK) impliquant du dénigrement, de la décrédibilisation et du harcèlement en ligne visant les journalistes - en particulier de la part de responsables politiques -, a fortement augmenté ces dernières années, atteignant un pic en 2025. Les responsables politiques de Vetëvendosje figurent parmi les principales sources de ces attaques. Une tendance particulièrement alarmante identifiée par divers acteurs des médias est l'usage de récits toxiques par des responsables de Vetëvendosje, présentant à tort les journalistes posant des questions légitimes comme des "mercenaires" serbes ou des "agents" payés par des puissances étrangères. Pour les médias serbes et d'autres minorités, ces pressions sont aggravées par les menaces de gouvernements étrangers et un accès limité à l'information publique dans leurs langues.
Lors d'une réunion avec le Premier ministre, la délégation l'a appelé, ainsi que ses ministres et les responsables de son parti, à donner l'exemple en condamnant et en s'abstenant de recourir à des propos diffamatoires, en particulier à un langage clivant contre les journalistes. Le Premier ministre ne s'est pas engagé à condamner publiquement de telles attaques.
Bien que le Kosovo dispose d'un secteur médiatique privé diversifié et dynamique, tant dans l'audiovisuel que dans les médias en ligne, le paysage médiatique reste fragilisé par l'influence d'intérêts politiques et économiques, ainsi que par la faiblesse des barrières entre propriété des médias et ligne éditoriale. Des problèmes systémiques persistants, notamment le manque de transparence des autorités publiques, continuent de miner le journalisme d'investigation et de contre-pouvoir, affaiblissant l'indépendance de l'information et la confiance du public dans les médias.
La délégation a souligné l'importance de garantir l'indépendance et un financement suffisant du diffuseur public, et a appelé le Premier ministre à assurer des ressources adéquates et à aligner la législation conformément à l'article 5 de l'EMFA. Elle reste préoccupée par les conditions économiques difficiles dans lesquelles opère RTK, en l'absence de solution concernant ses infrastructures, ainsi que par le manque de financement qui entrave sa capacité d'investissement. La délégation s'inquiète également de cas de retrait de présentateurs, d'annulation d'émissions et de pressions politiques persistantes. Lors d'une réunion, la direction de RTKa fermement rejeté les informations faisant état de pressions sur les journalistes et de menaces contre l'indépendance éditoriale.
Le Premier ministre et les responsables ont soutenu que la principale menace pesant sur la liberté des médias au Kosovo résidait dans la captation du secteur par des intérêts économiques, corporatifs et oligarchiques. La délégation a souligné que, bien que l'amélioration de la transparence de la propriété et des protections de l'indépendance éditoriale soit essentielle, cela ne doit pas occulter la responsabilité du gouvernement dans la dégradation récente de la liberté de la presse dans le pays.
Afin de traiter la question de la transparence de la propriété des médias de manière démocratique et proportionnée, la délégation a appelé le Premier ministre et son gouvernement à prioriser l'alignement de la législation nationale avec l'article 6 de l'EMFA. Elle a également pris note de l'engagement du Premier ministre à reprendre la coopération avec les organisations internationales pour élaborer une nouvelle loi sur les médias conforme aux standards européens.
La mission a demandé au gouvernement de revoir son agenda législatif pour inclure la loi sur RTKet la loi sur la protection des sources journalistiques, conformément à l'EMFA et à l'objectif du Kosovo d'adhérer à l'UE.
Le cadre juridique de la liberté des médias et de la sécurité des journalistes au Kosovo reste globalement conforme aux normes de l'UE. Aucun journaliste n'a été arrêté ces dernières années. Lors de la réunion, le Premier ministre Kurti a donné des garanties verbales indiquant que la diffamation ne serait pas recriminalisée, contredisant des déclarations récentes de hauts responsables de Vetëvendosje.
Ces dernières années, les décisions de la Cour constitutionnelle, de la Cour suprême et des juridictions inférieures ont démontré l'indépendance du système judiciaire et sa capacité à protéger la liberté des médias. Toutefois, le fait que la plus haute juridiction du pays ait dû invalider une loi menaçant l'indépendance de l'IMC constitue un signal préoccupant illustrant la pression croissante exercée sur les fondements du système médiatique du Kosovo.
La liberté des médias étant un pilier clé du processus d'adhésion du Kosovo à l'UE, des efforts importants doivent être entrepris par le gouvernement actuel pour restaurer la confiance dans ses engagements démocratiques et renouer avec la dynamique de progrès observée au cours des quinze dernières années.
Pour soutenir ce processus, les partenaires de la mission publieront un rapport présentant leurs conclusions et recommandations à l'attention du gouvernement. Celui-ci sera également partagé avec le Conseil de l'Europe, l'Union européenne, les Nations unies et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
La mission à Pristina s'est déroulée du 24 au 26 mars. La délégation a rencontré le Premier ministre Albin Kurti, ainsi que des rédacteurs en chef et des journalistes, des autorités judiciaires, des organismes de régulation et des représentants du diffuseur public RTK.
La mission comprenait l'Association des journalistes européens (AEJ), le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias (ECPMF), la Fédération européenne des journalistes (EFJ), Index on Censorship, l'International Press Institute (IPI), l'Osservatorio Balcani Caucaso Transeuropa (OBCT) et Reporters sans frontières (RSF). La mission a été soutenue par l'Association des journalistes du Kosovo (AJK). Une mission similaire d'établissement des faits au Kosovo avait déjà été organiséepar les partenaires de la plateforme du Conseil de l'Europe en 2022.